CHRONIQUE ~IUSICALE , 359 « il faut que nos com'patriotes lisent les drames de \Vagner, en attendant que ces chefs-d'œuvrc soient dignement représentés sur nos sccnes, et non travestis, comme ils le sont actuc]Jement ! Et il faut, si ces repn'.:- sentations souhaitées, chimériques presque, ont enfin lieu, que l'on continue à lire les poémes, et qu'ils demeurent aux bibliotht'.:ques, à côté de Shakespeare et d'Eschylc. » (1). Aussi bien est-il nécessaire, indispensable mC:me,pour qui veut pleinement goùter la représentation, ou la seule audition au concert, d'un drame (ou d'un fragment de drame) wagnérien, de faire, sinon une étude, du moins une lecture du poéme. Certes, chez \\'agner, musicien-poéte (ou poéte musicien, comme on voudra), 011 l'a répété mainte et mainte fois, et jamais trop on ne le répétera, la parole est inséparable du son; mais cela n'empt:che que chacun de ses drames, en tant que drame, abstraction faite de la musique - et du décor oü ils se meuvent, - et de la mimique qui cornplc'.:teleur réalitL·de vie, mérite d'être étudié en soi. Dans l'œune collective, M. de Brinn'Gaubast accompagne sa traduction, qui est un chef-d'œuvre, d'un commentaire philologique et historique d'une haute Yalcur, qui révcle une connaissance approfondie et absolument sùre de la langue allemande en général et surtout de cette langue toute particulicre, saturée d'archaïsmes, que Wagner s'est créée, aprés avoir vécu dans l'intimité du vieux Hans Sachs, le cordonnier-poéte, et de l'Allemagne du sei;:iéme siécle. \'oulant faire revivre cette figure originale qui se détache, glorieuse, à coté de celle d'Albert Dürer, dans l'histoire de la renaissance germanique, le pocte moderne s'est replongé a,·ec dclices dans le passé glorieux de sa chére terre allemande. Comme jadis il anit ressuscité aYec les ,\Ji1/llesi11ger, les chevaliers-chanteurs, aYec Ta,111bce11ser, le rnoyen-Jge hcroïque et mystique, maintenant, descendu au milieu du peuple urbain de Nuremberg, il évoque dans les lvfeistersi11ger ces ouYriers-chanteurs, leurs descendants .. « De même que, a-t-il dit lui-mème, che;: les Athcniens, un joyeux drame satyrique succédait a la tragédie, ainsi, pendant ce Yoyagc de plaisir (2), l'image d'une comédie m'apparut, qui, en Yérité, pouvait s'enchaîner à mon « concours de chant de la \Vartbourg » comme drame satyrique correspondant. Cette piéce était les Maîlres-C/Jr111/wrs de N11remberg, avec Ha11sSacbs pour principal personnage. » (3). (1) Alfred Ernst : " Une traduction de l'A,mcau de Nibel111zge»11(Merwre de France, décembre 1894, p. 347). cité par i\L de Brinn'Gaubast, p. 7. (2) Ce voyage se rapporte il l'année 1845. \Vagner venait de termin~r Tn1111/Jte11ser et avait obtenu un congé (il était alors kapellmeister à Dresde). (3) R. \V. Uue Comm,mication à mes amis, trad. de C. Benoit, ,\fusicims, poèteset philosophes, p. 285.
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