35-1 LA REVUE SOCIALISTE où l'on puise la vraie pensée du temps, <l'où l'on rapporte les convictions ardentes, cette ùmc de la foi qui réchauffe tout cc qü'ellc touche, et seule pourrait ranimer les esprits, Yivifier les cœurs. Et naguérc yous donniez une preuYc nouYellc de Yotre maniérc de concevoir cette h:rntc préparation des esprits. Dans une faculté qui ne forme pas rnémc des professeurs futurs, Yous interdisiez un cours sur l'histoire des doctrines sociales. Et qu'arrin>t-il? que produit une telle conception de l'enseignement supérieur qui prépare vos petits maîtres? ou bien des esprits assoupis, régularisés, fonctionnaires sages, prudents, pédants de livres ennuyeux et moroses, s'ennuyant eux-mêmes, à plus forte raison leurs éléYcs; ou des esprits libres, condamnés à se taire par la nécessité du gagne-pain; et d'ailleurs froissés, accablés, réduits au silence par la Yuc d'un monde si éloigné de leurs hautes conceptions de philosophes, d'historiens sociologues, de physiologistes ayant médité sur l'organisme social? Il leur faudra enseigner la morale, l'histoire et ses conclusions officielles. Quel conflit chez eux-mêmes entre ce qu'ils pensent et cc qu'il leur faut dire! Conflit redoutable, acc~blant, que d'aucuns ont douloureusement ressenti, et dont ils gardent au fond d'eux la blessure. \'oilà le mal. Une vérité qui dément YOtre enseignement officiel, ,·ide et sans âme, dés l'instant qu'il est sans foi. Une vérité qui dément les leçons du collège, et, obligé par décrets, un enseignement de formules absurdes, de platitudes deprirnantes, où rien n'intéresse parce quc rien ne tend vers la Yic ou n'y prend son appui, et que rien n'est en sa place, toutes les connaissances stupidement sériées restant sans liens, sans relations, sans cette pénétration qui féconde la pensée. li y a un hiatus formidable entre les lines, les leçons de la chaire et la pensce libre de ce temps, les cxpcricnces de la vie. De là l'inertie, la déception, le pessimisme, et la révolte; de là le dilettantisme; de l;'1la spccialisation précoce des études et le vide de pensée philosophique, dépourvue des principes issus de la seule réflexion profonde et désintéressée. 0 rencontre surprenante! Je trouYe un allié précieux en M. Sarcey. Pour lui, la pédagogie n'est qu'une« blague ».«Il n'y a qu'une façon de s'intéresser soi-même aux choses qu'on leur enseigne, c'est d'en a\·oir la passion. » « Le commencement de toute pedagogie, c'est de saYoir cc qu'on doit enseigner, et, le sachant, d'e11 avoir le go1ît. Toute passion est communicative. La pédagogie tout entière tient dans ces deux petits mots très simples : savoir et aimer. » , Aimer? Ah! oui. Mais que peut-on aimer en ce temps, choses et gens, quand on interdit le dernier refuge de la passion désintéressée, l'amour de la pensée libre, de l'humanité libre. - Et si l'on n'a rien
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