La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

24 LA REVUE SOCIALISTE viendra-t-il où l'homme travaillera et épargnera sous l'impulsion unique de l'amour d'autrui, ou en vertu_ d'un in~tinct passionn~, comme font les fourmis et les abeilles. Mais, contrairement au sentiment des communistes-fraternitaires et des fouriéristes, j'estime que nous n'en sommes pas encore là et que, pour la longue période de vie humanitaire qui s'ou,Te devant nous, nous avons à prendre l'homme avec une base animale et un couronnement proprement humain, éooïstc d'abord altruiste ensuite. Un fait me confirme dans h1on 0 , opinion : le communisme a deja abaissé son pavillon; en devenant collectivisme, il a reconnu la nécessité de la propriété individuelle des facultés personnelles et du salaire; j'espère qu'il reconnaîtra tôt ou • tard la nécessité de la propriété individuelle, non pas de tous les capitaux, mais de ceux épargnés sur des salaires, et de leurs intérêts. A côté de l'épargne individuelle, devrait s'exercer l'épargne collective. De ces deux sources de capitalisation, je ne trouve pas qu'il soit à propos d'en supprimer une, et celle qui est encore la plus abondante, pour ne laisser subsister que l'autre dont on serait heureux de pouvoir se borner a dire qu'elle est, presque partout, complètement tarie. L'État a assez a faire aujourd'hui d'apprendre a épargner sur ses fermages les capitaux publics, et a ne plus disputer!' épargne individuelle a la production en vue d'en faire le plus effroyable gaspillage. J'attribue au contraire les terres, les fermages et les capitaux créés avec des fermages, au domaine collectif, en vertu de l'utilité même qu'il y a a réserver au domaine individuel les facultés personnelles, les salaires et ks c:ipitaux créés avec des salaires. Mais il y a une utilité directe à procéder ainsi : celle de l'industrie agricole telle qu'elle doit s'exercer dans le régime industriel et commercial. Dans cc régime, nous l'avons vu, il y a cinq classes a nourrir pour une seule dans le régime agricole. L'agriculture doit être non plus extensive, mais intensive, et réclame, sur une large échelle, des connaissances techniques et du capital. Or, ces conditions ne se réalisent complètement que dans le mode du bail à ferme, qui est le mode normal d'association des services producteurs, dans lequel un entrepreneur, après avoir l'oué une vaste étendue de terre, loue des facultés personnelles en grand nombre, et du capital en quantité considérable, sur le marché des services. Le mode du colonage partiaire, celui du métayage, sont des modes relatifs au régime agricole. Dés que la part du propriétaire et celle du cultivateur sont respectivement la premiere de moins et la seconde de plus de la moitié du produit brut, le mode du bail à ferme s'impose par la raison que les risques augmentent pour le cultivateur dont la liberté doit se proportionner a sa responsabilité. Qu'un propriétaire foncier soit alors en même temps entrepreneur, c'est un détail de pratique dont la théorie n'a pas à s'occuper. Mais, à poser

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