THÉORIE DE LA PROPRIÉTÉ 25 cette exception comme règle en établissant la propriété foncière individuelle dans l'intérèt de l'agriculture, on tourne le dos au but, et l'on contrarie les bons effets de la libre concurrence, en empêchant les terres d'aller aux emplois les plus avantageux à la société. Si c'est la grande propriété qu'on favorise, on verra des portions du territoire demeurer, sous l'influence d'une vanité irréfléchie, à l'état de parcs ou de réserves de chasses; si c'est la petite, on en verra rester livrées, par l'effet de l'ignorance et de la routine, à la culture la plus arriérée. 9. L'intérêt comme la justice demande donc que le prix du service de la terre aille à l'État et couvre ses dépenses. C'était en somme l'idée des physiocrates, de Quesnay,de Turgot, dont le seul tort fut de donner à leur théorie de l'impôt unique sur la rente une base trop large en voyant dans la terre toute la richesse sociale. Il est doublement flatteur d'être revenu, pour les plus sérieux motifs, à la doctrine professée par les hommes qui ont fondé l'économie politique en France et d'avoir été, pour cela, mis au ban de la science par ceux qui l'ont amenée au point d'affaissement et de discrédit où elle se trouve à présent. Il y avait, il y a trente ans, dans l'économie politique française, deux théories de la propriété : celle des individualistes-moralistes qui fondait la propriété sur la personnalité de l'homme en niant la valeur de la terre, et celle des individualistes-utilitaires qui reconnaissait la valeur de la terre en fondant la propriété sur les nécessités de la production. Les économistes contemporains n'ont plus aucune théorie de la propriété. Ils sont l'école libérale, l'école de la liberté et du libéralisme, les adversaires de l'étatisme et du socialisme d'Etat. Voilà qui suffit à tout et au moyen de quoi la libre concurrence et le libr~ échange, les monopoles privés pour l'exploitation des mines et des chemins de fer et pour l'émission des billets de banque, la propriéte foncière individuelle (pourquoi pas l'esclavage?) découlent pêle-mêle du principe de la liberté de l'industrie. Que cette manière de procéder soit parfaitement de mise dans les circulaires électorales, rapports et discours académiques, allocutions présidentielles ou prospectus inauguraux de ligues, et autres exercices de « dëfense sociale, » cela est certain. Mais il ne l'est pas moins qu'elle n'a qu'un rapport lointain avec la recherche scientifique de la vérité. C'est pourquoi si, remontant à la génération antérieure pour trouver à qui parler, nous nous adressons aux économistes individualistes, soit utilitaires, soit moralistes, nous. dirons aux uns que non seulement la liberté de l'industrie n'implique pas la propriété foncière individuelle, mais qu'elle l'exclut plutôt, et aux autres que si leur théorie de la propriété repose sur le fait que toute va)eur vient du tr~vail, elle est en ruines, vu que la valeur vient de la rareté, ou de l'utilité combinée avec la limitation .
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