La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE <lit i\!. Fouillée, « comme une sorte d'effort individualiste par lequel un petit nombre d'intelligences d'élite s'élC::vcntpour leur propre compte au grand jour de 1.1réAexion en laissant la. masse dans le crépuscule des symboles. On peut si.!demander si cette conception de la philosophie est Haimem la plus haute ; ."i notre avis, <.!Ilea'cst ni assez sociale, ni, par ccl.1 même, assez religieuse ». Lacordaire était bien plus dans le wai (j'entends le nai sociologique) quand il écriv.lit ù \'ictor Cou~in : « Le dernier mot, vous ne l'avez pas dit; c'est le mot de l'âme, celui qui achéve la gloire, en s'introduisant dans la conscience. La derniérc gloire cst d'être aimé ... Il faut donner son âme au genre humain ou désespérer d'avoir la sienne ». H.appekz-\"Ous que M. Fouillée fait l'historique de l'ontologie ct non de I.1philosophie. C\:st pour cette raison qu'il ne parle qu'incidemmcnt d' Auguste Comte, et seulement pour noter son inAuencc et celle de ses disciples, influence comrc laquelle luttaiem vainement jusqu'il cc jour les métaphysiciens, seuls représent.1nts de l'idéalisme .. \ussi, après :1Yoirnoté l'effort de Taine en vue de « souder les sciences morales aux sciences naturelles », il constate que cc philo,ophc prépara. dans son linc de l'lutclligr11a, la voie il l'idéalisme renaissant. C\:st une nie trC::sexacte, et j'en eus comme le sentiment quand je lus cc beau livre qui m'orienta, il mon insu, vers la conciliation de l'idéalisme et de la science. ;\I. \'acherot, appuyant cet effort, reprenait en la retournant, ainsi qu·a,·,tit fait Karl J\!ax, la doctrine de Hegel, et affirmait la réalité de l'être imparfait et le caractC::re abstr;1it de la perfection spirituelle. On voit ici se « souder » par quelques poims l'idéalisme et la science. Un des adversaires les plus <lécl.irés du positivisme, i\l. Paul Janet, ira plus loin. Il déclarera trop .1bstr,1it l'idéalisme dc i\l. Vachcrot, il exigera que l'idéal corresponde a quelque chose d',1Ctif au fond des choses. C'est bien là la marque de l'esprit français, impulsé par la philosophie du dix-huitième siècle : toute vc.':ritéphilosophique doit être appliquée il la wciologie et il b morale, nul ne peut se contenter de spc.':culationpure, et l'idée ne vaut, n'existe même, qu'il l.1condition qu'un lien l'atuche au fait et, se resserrant et se fortifiant, les r,tpproche l'un de l'autre. \'iennent ensuite MJ\!. Renouvier, Félix Ra,·aisson, Ch. Secrétan, Lachelier, Emile Boutroux, qui laissent la question en place, l'un en essayant une rénovation de kantisme intransige.1nt, l'autre en se réfugiant dans le spiritualisme absolu d'oü disparait mémc l'idée de substance, un autre en faisant la traduction abstraite des mystères religieux, un autre encore en affirmant que nous ne pou,·ons atteindre le principe des choses « que par des croya11ces fondées sur des dcrnirs », le dernier enfin cc s'efforçant de briser les mailles de b nécessité mécanique pour faire place il une spontanéité qui assudt la ro11lingmce des lois de la 11al11re ii. Guy.Ill sortit de ces ,·oies battues et rebattues. Ce puissant écriv.1in, mort trop jeune, fut ù la fois un philosophe et un moraliste. On peut dire sans hardiesse, comme sans injustice il l'égard des autres penseurs, qu'il sonna le véritable réveil de l'idéalisme d6b·1rrassé de toute brume mystique. li prit pied sur le solide terr,1in scientifique et put s'ébnccr sans tc.':mérit6vers les sommets. Il ébbora <c un des plus beaux essais de synthèse philosophique et religieuse qu'on ait vus il notre époque», dit M. Fouillée a,·ec infiniment de raison. Il rblisa en le dépassant le programme de M. Paul Janet. « La destinée des

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==