LE MOUVEMENT IDÉALISTE La littfraturc et la critique ont suivi comme elles ont pu le roman idéaliste et l'ont grossi, sans le clarifier. En tout cas, elles ont a\·erti le grand public, et comme clics ne poll\·aient se tenir dans la spéculation pure sous peine d'ennuyer mortellement les lecteurs, et que d'autre part il leur fallait rendre sous une form.e co1Krèt<.:les idées qu'elles croyaient avoir saisies, c'est par les préoccupations morales, rdigieus<.:s ou csthl'.:tiques pures qu'elles manifcstèr<.:nt et propagt'.:rcnt kut adh..:sion au mouvement. M. de Vogüé et M. Brunetière, M. Paul Bourget et M. Edouard Rod s'y employèrent de leur mieux, l'un nous révélant k mysticisme russe et l'autre guerrovant contre le naturalisme français, l'un sapant la morale athée et l'autrl.! nous disant le vide désespérant des :îmcs sans idéal. La musique clle-mC::me fut appelée au secours, et l'on communia en \\"agn<.:r contre les ennemis du mystère. Tous crièrent : Croyez! Mais ils ne dir<.:ntpas ce qu'il fallait croire. Tous partaient en croisade co11trc la science, le naturalisme, le réalisme, le mat..:rialismc, l'évolutionnisme, chacun se choisissant dans la mC::lél.u!n ennemi particulier, tels ces chevaliers chrétiens dont !'Arioste nous chante ks exploits. M. Paul Desjardins tenta de discipliner cette arm.'.:.: sous un fanion de couleur neutr<.:; il ne groupa que quelques volontair.:s et ,son « Union pour Liction morale » n'eut pas le succès de la Sociétl'.: éthiqu<.: fondée aux États-Unis par M. Adler. « Privée d'une foi prét:ise, dit fort justement i\l. Fouillée, die n'aboutit pas non plus à des œuvres ass<.:zprécises. » Cette doctrine qui fait défaut aux rbct<.:urs idl'.:alistcs, s'élabora progressivement. :M. Fouillé<.: l'affirme, et je partag<.:sa conviction. Mais, pas plus que moi, il ne peut croire que lorsqu'elle se sera formé<.:et que la synthès<.: objccti\·e du sa\·oir que poursui\·ait l<.: positivism<.: et la synthèse subjccti\'C que poursuit l'idéalisme se seront r.'.:uniesen une synthès<.:universelle, ces messieurs y feront adhésion. Sauf .:xception, ils se réfugieront dans une tho:se métaphysique, voire théologique (ils auront peu de chemin à faire pour cela), et ils poursuivront leur œune de réaction contre le mou\·cment qui emport<.: la pensée \'ers les sommets d'où l'homme, voyant les éléments d<.:son destin, les combine afin de se déterminer dans le sens d<.:la liberté et de la justice. li n'y aura donc pas, je ne le crains pas plus que ~f. Fouillée, de « divorce entre les résultats de la science positive et .:eux d1.:la philosophie », mais entre les politiques tenants de la rèaction philosophique et religieuse et les esprits qui ne s'émancipér.:nt que pour tra\·ailler à la totale émancipation de l'humanité. La réconciliation de la science et d<.:la philosophie laisscr:i tomber au fond du creuset k résidu qui surnage aujourd'hui dans les académies et tient le dessus des journaux bien pensants. Mais suivons d'abord J\'I. Fouillée. La première moitié du siècle ne fut pas idéaliste, mais plutôt scientifique et sociologique. C'était une conséquence naturelle de la philosophie du dix-huitième siècle et de la Révolution. La théologie et la mètaphysique curent certes à cette époque de brillants représentants, mais qui n'eurent aucune action sur la pensée générale et ses directions. Victor Cousin, dont l'éclectisme av:iit tous les courages, je ne dis pas toutes les hardiesses, tenta la réconciliation de la philosophie et de la théologie. Il ne recueillit que le veto de Li congrégation de !'Index et le blâme de son ami Barthèlemy Saint-Hilaire. D'ailleurs la philosophie de Victor Cousin ètait;
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