LA REVUE SOCIALISTE « Quelle plus noble destinée pour le néant d'hier? Surgir à la lumière, pour accroître, du sacrifice de soi, l'esprit en Yoic de réaliser l'équation du monde, c'est l'acte le plus haut, enYié des dieux mêmes, pri\'ilège de ]'Humain.» Clemenceau glorifiera donc, dans son livre, l'action dans toutes ses 111anifcst,1tions, les plus hautes et les plus décisi\·es comme les plus humbles et les plus indirectcmcnt utiles au de\·cnir uniYersel. Il demandera une statue à Paris pour i\'ewton, cc mécanicien de l'uni\'ers, et nous fera admirer le courage au traYail des parents du petit Colibri. Apri.:s :woir promené notre pensée dans le ciel planétaire et nous a\·oir montrC:: « b petite lueur tremblante sur le bord du disque de i\fars » qui est pcut-0trc un sig,rnl il l'adresse des habitants de l.1 Terre, il la conduit, frémissante, dans les tombeaux de .i\Iazas et dans les bagnes où la folie est la compagne des misères criminelles. Sa foi en l'utilité, en la beauté de l'action est telle, qu'il rit a\'ec une belle confiance d,1ns l'm·cnir en Yoyant les chercheurs d'or se ruer cupidement sur les plaines du TransY,\al. « Yous \·errez, dit-il après a\·oir constaté la richesse de ces plaines « qui n'clttcndent que la charrue », \·ous \·errez que le gogo qui confie ses économies à tous ces fouctteurs d~ Cafres se trOu\'cra en fin de compte :\\"oir préparé les \"Oies aux semeurs de moissons. » ~c croyez pas cependant que l'optimisme de Clemenceau Yienne d'une sorte de superstition dans la fatalité du progri.:s. Il aime bien trop l'action, il est lui-même un trop Yigourcux exemplaire de Yolonté réfléchie pour méconn,1itre l\:ffort conscient que font les meilleurs en nie d'assurer il tous plus de sécurité, plus de liberté et plus de bien-étre. i\fais s'il Ya au congn:s contre l'alcoolisme, cc n'est pas pour y geindre de \·ertueuscs d<'.:plorations sur le poison qui ronge les masses ouvri0res et paysannes. « La question posée p,1r l'usage et l'abus de l'alcool n'est autre, dit-il nettement, que le probkmc social tout entier. » Pourquoi l'ounier boit-il ? Clemenceau répond : « L'ordre dans lequel nous vi\·ons n'est point ménager des fon.:es humaines, ,,ussi bien mentales que physiques ... le patron le plus dur pour les malheureux attach<'.:s :1 ses engrenages de kr se tuera de travail pour la conquête de trés0rs dont il ne pourra jouir, qui ne ser\'iront qu'à émasculer, qu'à corrompre sa postérité. D'autres crè\·cront d'indolence ou de bas plaisir. Ril'll cl,·lroj>, disaient les anciens. Tout m excès, font les modernes ... Allez dire il l'ounier des fabriques du Nord de se passer de son schnaps. C'est un besoi11. L'alcool supprimt'.:, l'énergie du moment est amoindrie. Youlez-\'OUS donc que sa production diminue? C'est impossible, la concurrence étant désormais <'.:ublie entre organismc:s anormalement surexcités. ll faut tuer des hommes pour faire \"itc et beaucoup. L'alcool est un des agents du massacre. Yoila tout. ,1 Le remède ? « Faire au tr.l\'ailleur de tout ordre de meilleures conditions de vie aboutira, sans doute, à diminuer sinon :\ supprimer l'impérieuse sollicitation du besoi11. 11 Le problème sera-t-il résolu? ~on : « il se complique nécessairement de I.1 création d'une mentalité supérieure, de l'institution, au plus profond de l'<'.:tre, de cette discipline personnelle qui est le seul instrument cf!ic,,cc de progression morale dans l'humanité. i> Pour mieux voir et mieux comprendre, Clemenceau s'est fait reporter.
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