La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE GRAND PA~ 297 ait été donné de cont,..:mpk:r aux hommes de ce siéclc. On peut comparer l'effort de Clemenceau et celui tk M. Zola. L'auteur des Ro11go11-Macq11art •aspire, en effet, il mettre plus de vie intérieure et personnelle dans les personnages qu'il crée. Cc doub,lc effort d'esprits jumeaux par plusieurs côtés et surtout par leur commune et simultanée origine est Yéritablcmcnt remarquable. Avec une égale faculté d'assimilation, mais aussi une égale inaptitude it marier les concepts d'hier aYcc ceux d'aujourd'hui dans un synthétique idéoréalisme, ils n'en apportent pas moins leur témoignage ferYent il l'œu\Te nécessaire. Et c'est merYeillc touchante de les YOir s'acheminer ,·ers les sommets, l'un traînant aYec la robustesse p:ttiente du bœuf la massive charge de vingt œuvrcs dont il ne veut laisser aucune en route, l'autre ruant nen-cusement pour se débarrasser du harnais de scepti.:ismc tressé par Yingt années de politique parlementaire. A chaque lacet de l'ascension si pénible, le char Zola s'embourbe, les liens de l'attelage Clemenceau se rompent. Ils n'en poussent pas moins leur marche vers l'idé.1I. Si, par chance, ils arri,·cnt, je ne dis pas au sommet, mais ù une des étapes qui se multiplient pour nous en séparer éternellement, ils auront rendu un fier serYicc et donnl'.: une magnifique leço11 il ceux qui, ne Youlant pas que l'homme Yi,·e seukmcnt d,..:pain, ser:ticnt trop tentés de s'en aller, aux hasards de l'espace, demander' aux anges une part de leur nourriture. S'ils restent en route, le mérite de leur tent:ltiYa demeurera tout entier. Dans cette préface du Crcuul Pa11, Clemence,1u s'écrie : c<Pan nous commande. ll faut agir. L'action est le principe, l'action est le moyen, l'action est le but. L'action obstinée de tout l'homme au profit de tous, l'action désintéressée, supérieure aux puériles glorioles, :wx rémunérations des rê,·es d'éternité, comme aux désespérances des batailles perdues ou tk l'inéluctable mort, l'action en é,·olution d'idbl, unique force et totale Yertu. » L'action, qui est le signe, la forme 111êmc d..: la ,·ie, est éloquemment magni.fiéc en quelques pages que j..: voudrais reproduire toutes. Clemenceau n'omet ni ne méprise aucun des modes essentiels de l'action. li nous montre l'artisti.: « rece,·a11t. le choc du monde en émotion de beauté»; le penseur « aux prises a\'ec l'uni,·crs qu'il interroge en de subtiles analyses; ... domi- . nateur des choses ; vrai maitre de l'homme et de ses dieux » ; le conducteur d'hommes, « poussé par le tumulte humain, ... alimentant, non sans péril, d'infimes parcelles de Yérité, les multitudes a,·ides de mensonges>> ; le dompteur de matière, « accroissant la Yie... enfantant en d'iné,·itables douleurs une humanité plus puissante, plus douce et plus belle » ; l'être humain de somme. la bête, l'herbe elle-même, préparant « la pensée d'Homère, de Marc-Aurélc ou de Shakespeare»; la goutte d'eau,<< qui avec l'autre et l'autre goutte d'eau fait la mer»; l'atome qui, associé :1 l'atome, « développe l'uniYers ». Tous sont « artisans du Pan prodigieux » et font l'homme plus grand que les dieux qu'il imagina. Sa mission? Celle même qu'il s'arroge, sous la poussée des forces. « La ,·ie, dit un poète, c'est de do1111er sa fleur, puis son fruit. Quoi de plus? Il n'y a rien de plus, vraiment, sinon de vouloir, sinon de faire la vie plus grande, pour donner la fleur plus belle et le fruit meilleur.

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