La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA RE\' UE SOCIALISTE La diminution de la natalité - les pages qui précèdent nous l'ont montré - tient à deux grandes causes toutes deux sociales : r" L'incertitude de plus en plus grande de pou\'oir mctt,c sa prog0niturc et soi-même à l'abri du besoin. 2" L'abolition du droit d'ainesse entrainant l'émiettement de la propriété dans les familles où il y a plus d'un enfant. * * * La société capitaliste ne se développe qu'en rejetant dans le prolétariat Li classe des petits propriétaires. La féodalité terrienne, industrielle, agricole, minière et financicrc, ne se constitue qu'en semant des ruirn:s autour d'elle. La \'ie est difficile. Le lendemain n'est pas sùr. Un enfant est une charge; ses auteurs subissent cette charge sans maugréer parce qu'ils sa\·ent qu'elle est nécessaire à la consCr\'ation de la richesse jusqu'alors par eux accumulée - si richesse accurnulée il y a - tt :'\ celle qui pourrait l'être encore jusqu'à leur déccs. Un deuxième enfant n'a plus aucune utilité; à plus forte raison un troisième et un quatrième. Leurs \'Cnucs seraient regardées comme autant de calamités dont on cherche;\ se préscr\'er :'\ tout prix. On les remplace par un li\'rct à la caisse d'épargne; « funeste et ruineuse économie, dit Cbeysson, qui gaspille l'a\'enir au profit du présent, comme le serait celle du culti\'ateur qui sacrifierait la moisson pour épargner la sernence ! )) Seuls, ceux qui ne possèdent aucun bien-être et ont la quasi-certitude de n'en a\'oir jamais, consen·ent le triste courage d'engendrer, de livrer à la misère des troupeaux d'enfants au sein desquels la mort fait d'abondantes moissons. Le capital arrache la femme à son r6le d'épouse et de mère. Il lui impose la stcrilité. La miscre poussée à l'extrêrnc affaiblit la natalité. L'absence tota_le de pain pour les enfants les retient dans le néant. Cc fait suffirait a lui seul à légitimer toutes les rérnlutions prolétariennes, toutes les insurrections de la souffrance, toutes les ré,·oltes de la fairn. Les périodes de grande disette sont remarquables par leur infécondité. Les exemples abondent : En r 8+ï, une hausse considérable du prix des denrées alimentaires s'étant produite - hausse occasionnée par un déficit dans le rendement des blés - le chiffre des tl"aissances, qui aYait été de 965,866 en 18.16 (année également fort éprou\'éc), tomba .\ 901,861. Diminution : 6.~,005 naissances, soit 6.6 °/o. Mais à quoi bon citer des faits isolés? Toutes les années de crises industrielles, toutes les périodes particulicrcment remarquables par la chèrcté des moyens d'existence ont accusé une diminution de

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