La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PROBLÈ~!E DE LA POPULATION C'est surtout dans les contrées où le sol est très morcelé - en Gascogne, en Normandie, en Picardie, etc., - que les naissances se font rares. « Cc qui préoccupe le paysan normand, dit Baudrillart dans son étude de l'ftat moral et matérieldespop11latio1a1gsricoles, c'est l'idce qu'après lui son bien sera morccll'.: ou alienl'.:. » En Picardie, même constatation: « La naic cause est morale et Yolontaire. Dans les classes riches ou seulement aisées, il y a parti pris de n'ayoir pas plus d'un ou deux enfants ». (.Citl'.p: ar Cheysson dans son examen de la Q11estiod1e1 la Pop11latio11, 88-1-.)C'est également l'opinion de \'acher: « Comme la loi ne permet plus de faire de cadets, dit-il, 011 tourne la loi en supprimant les cadets: c'est là la cause la plus active du mal qui tient en échec notre population française. » Paul Leroy-Beaulieu, l'antisocialiste militant, n'est pas moins affirmatif sur cc point: « On a voulu, dit-il, empêcher le bourgeois comme le paysan de faire cc que l'on appelait jadis un aîné, c'est-à-dire cl'ayantagcr un de ses enfants. On n'y a réussi qu'en partie. On peut toujours faire un ainé, en supprimant les cadets. C'est à cc beau résultat que s'ingénient une foule de familles frânçaiscs ». Ces quelques citations suffisent pour montrer que les auteur~ les plus di,·ers s':1ccordent à reconnaître que le mal a sa source dans le régime propriétaire inauguré par la bourgeoisie. Le rcrnédc est-il difficile :i décounir? - Nous ne le croyons pas. Puisque c'est :i l'accaparement indiYiducl de la terre et des instruments de production que nos populations cloiYcnt leur stérilité, socialisons la richesse _afin qu'elle soit mise à la disposition de tous les hommes devenus ses usufruitiers. Nait-il quelque part un embryon de propriété sociale? La population qui en a la jouissance; se fait bicntot remarquer par une féconditl'.:sans riYalc. Nous n'exagérons rien. « La these récente (1890) du Dr Lancry en donne un bel exemple, rcrnarque Bertillon. « Fort-Mardick (Nord), prés Dunkerque, est une commune constituée par Louis XIV, d'après les principes suiYants qui sont encore en usage aujourd'hui. Toute famille nouvelle qui se constitue, lorsqu'un des conjoints est né clansla corn111u11ect que le mari est inscrit maritime, reçoit e11usufruit ( en usufruit seulement, là est le point), 22 ares et, en outre, une place sur la plage pour la pêche au filet. La commune a reçu de Louis XIV, en tout, 125 hectares de terre; ce qui n'est pas distribué en usufruit est loué 5,000 francs au profit de la commune. Les ménages concessionnaires « ne pcuYcnt concéder qu'à leurs enfants seulement les parcelles de terre qu'ils occupent. Dans aucun

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