LA REVUE SOCIALISTE Reste l'autre point : le socialisme chrétien ne sépare point sa doctrine sociale de sa théologie chrétienne. Il oppose sa morale religieuse de fraternité naturelle des créatures de Dieu, <le coopération et d'entente pour la vie, à la morale de la concurrence, de la lutte pour l'existence. li est résolument hostile au libéralisme individualiste, doctrinaire, :'t l'économie politique orthodoxe. Il veut un ordre social fondé sur un accord des indiYidus, sur une hiérarchie naturelle, par le concours d~ tous les groupes sociaux aux pouvoirs et aux charges du travail et de la souveraineté. Mais il part de la croyance ,chrétienne, cc l'homme n'est débiteur exclusivement ni de lui-même, ni de la cité;· il est avant tout débiteur de Dieu, et par Yoie de conséquence, de la société, qui est le moyen fixé par Dieu pour permettre à_l'homme de réaliser sa destinée ». Un idéal d'ordre social fraternel reposant sur la morale chétienne, telle est l'apparence du socialisme chrétien. Mais est-il besoin de la religion chrétienne pour fonder ces principes de fraternité humaine et de solidarité sociale? Non pas. Ils préexistent au christianisme. Les maximes de Confucius sont bien antérieures au Christ. M. de Lanessan vient de réunir cette essence de la sagesse et de la philosophie de l'Inde et de la Chine. Jésus n'est qu'un lointain et tardif disciple de ces maitres de la sagesse humaine. - La philosophie moderne, née de la science, aboutit à une haute morale sociale, par la raison, non plus par la foi et la croyance aveugle. Je préfére la raison. Guyau, Fouillée prouvent la vérité du contrat social, de la solidarité sociale. Les physiologues ( r), les savants, nous la montrent loi de l'univers. Leur raison laïque vaut-clic moins que la prétendue parole divine du prophéte juif Jésus? Pourquoi une morale conçue par les plus intelligents des hommes, persuasive, acceptée, a-t-elle moins de prix que les élans mystiques des apôtres prêchant la charité au vieux monde gréco-romain agonisant dans son luxe et sa ·corruption? L'esprit social, la foi en l'humanité, l'appel à la fraternité des hommes est de tous les temps, comme la prétention orgueilleuse de la force et la domination égoïste des puissances materielles. La vérité, c'est qu'aprés des sicclcs de despotisme absolu, l'Église, écartec un moment de la scène du monde, s'y glisse à nouveau sous des revendications de liberté et de solidarité fraternelles; clic revient, douce, aimable, généreuse, les mains ouvertes pour accueillir, le cœur ardent à réconforter, embrassant la défense des humbles contre le capital insolent et oppresseur. C'est par le dedans qu'elle veut apaiser les grands conflits sociaux. Elle a la parole onctueuse. Elle se fait écouter. Mais prenez garde! Elle n'a pas renoncé à sa force cachée, à (1) Voir ici même les travaux du docteur Pioger et de Jaurès; - la Morale sociale, de Malon; - )'Avenir de la Coopéralio11, de Gide, etc.
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