La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

REVUE DES REVUES 2 35 son arme de demain le dogme. Ses cadres sont encore debout. \'ous voici rentrés sous le joug des formules et des dogmes, dans l'éternitc'.: du culte. L'esprit s'efface, le corps de l'Église, qui en etait la gaine, vous retient, se développe, s'épanouit, reprend force, écrase i nouveau maintenant ceux qui se précipitaient dans ses bras ouverts. Ah! certes, la partie est belle. L'Église Yient à nous avec toutes nos idees, nos inclinations, nos espérances, avec l':trne même de notre philosophie, de notre action, de notre propagande. Trop tard. Tout cela est à nous. Nous le gar~ons, et nous ayons pour nous la liberté entiére, la raison entière, l'avenir entier. Nous ne traînons pas derrière nous le souvenir des oppressions anciennes, des hypocrisies féroces, du servilisme perfide; nous ne nous resserrons pas dans des cadres usés; nous n'enfermons pas demain dans une croyance ou dans une n'.:vélation, la pensée dans un mystère éternel; nous venons à la pleine lumiére, au large des vastes espaces et des horizons infinis; nous apportons avec nous l'espoir et le vœu d'une'ém:rncipation intégrale de l'humanité, et noJs la rêvons, nous la voulons librement déployée, sous la clarté du ciel, confiante dans sa raison, son labeur calme et patient, enivrée des beautés de la nature, de l'art et de l'infini de la pensee humaine,•- au regard de Dieu, s'il existe. Voilà le sens de la pensée moderne. Voilà la démocratie, le monde de demain. Vous êtes le passé mort. Vous ne pouvez revivre qu'en réduisant la vie d'aujourd'hui ou en la laissant s'épanouir. Dans la premiére œuvre, le socialisme ne craint pas la democratie chrétienne; dans la seconde, elle se confond avec lui. ALBERT LIVET. P.-S. - A s,ignaler, les récents articles de M. G. Caissial, dans la Paix par le Droit, et la discussion engagée dans cette Revue à propos de cette affirmation de l'auteur, que le mouvement socialiste démocratique, seule manifestation des forces populaires en voie d'émancipation, est seul capable de réaliser la paix universelle, que les GoU\·ernements ne peuvent instaurer sans se condamner eux-mêmes; des réponses très curieuses à l'enquête de la Coopératio11 des Idùs sur « l'Idéal de Demain »; une fine analyse des conditions de la vie politique dans deux milieux de la province française : Toulouse et Caen, par M. Léopold .Mabilleau, le distingué professeur de philosophie de la faculté de Caen ('l{evue de Paris). J'y reviendrai sans doute au prochain numéro.

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