REVUE DES REVUES 231 conceptions, son idéal social. J'indique même ici aux esprits attentifs une confusion possible qu'il faut éviter si on veut comprendre la signification et l'importance de cette propagande adverse. Il faut se garder de ne voir que M. <le l\lun et son petit groupe de catholiques attachés depuis de. vingt ans à la reconstitution des corporations sous un patronage religieux. Cc groupe est encore un des éléments importants de la jeune démocratie chrétienne. Il n'est plus le seul. Demain il sera minorité et il cédera à la pression des idées du plus grand nombre. Déjà Bénédict (Malon) constatait la tendance de's écrivains de l'Association catholique à des idées plus larges, à un programme d'action plus vaste que celui que formulait J\l. <leMun, resté plus prés de la tradition catholique, et moins informé des transformations économiques et <les nécessités sociales qui en étaient la conséquence inévitable. Les jeunes démocrates chrétiens ont en effet dépassé les conceptions de M. de Mun, derniére manière. Dans les articles àe MM. Paul Rcnaudin et Georges Goyau ( r ), rédacteurs de la Q11i11zai11e, que dirige depuis peu un pt·ofessenr de l'Université, un philosophe distingué, M. Fonsegrivc, dans les études austères des collaborateurs du XXe SiJcle, de la Dé111ocmlieChrélie1111e, dans les affirmations incessantes des journaux la JusticeSociale et le Mo11de, dans tels articles tout récents de M. l'abbé Charbonnel (l'Eclnir), se dessine nettement cc néo-christianisme social, qui peut Yraimcnt être dénommé un socialisme chrétien. Tout d'abord la critique du régime capitaliste, sous tous ses aspects et dans tous ses vices de constitution, exploitation des salariés, incertitude de la vie, lutte sans merci pour l'existence, l'usure, la propriété sans responsabilités ni redevances, l'égoïsme féroce et l'intérêt sans notion de devoirs, de droits de l'homme en tant qu'homme, une critique vive, pénétrante, pressante, acerbe, se retrouve dans tous les écrits de ces publicistes. Ils acceptent même l'objection de l'impuissance radicale de la charité. Il faut l'o1-gn11iser, en faire une science, mais ce n'est là qu'une solution provisoire, immédiate. Ils l'affirment. « Les tribuns de la justice n'ont point 1 prendre ombrage des ap6trcs de la charité; mais qu'à leur tour ceux-ci ne traitent point en ennemis ceux-U ... Évitons surtout de plaider les circonstances atténuantes en faveur des injustices économiques en alléguant les aumônes par lesquelles clics sont à demi réparées ... ». Ce qu'ils poursuivent, c'est la justice sociale, c'est « un progrès qui substitue, dans les diverses sphères de l'activité sociale, l'organisation à l'anarchie, la règle au (1) M. Paul Rcnaudin était hier encore directeur d'une revue de jeunes : Il! Sillon. M. Goyau, élève de ]'École normale supérieure, agrégé d'histoire, ancien élève de l'école de Rome, est l'auteur de livres remarquables sur les papes et leur influence sur la civilisation, et de tra\·aux historiques importants . •
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