La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

ESSAI" DE PROPAGANDE SOCIALISTE DANS LA CAMPAGNE I 3 fait>bon effet dans les discours officiels, mais ces discours couvrent une • réalité misérable. Quelle est maintenant l'étendue du territoire possédé par les diverses catégories de propriétaires? L'enquête gouvernementale de 1879 a prouvé que, sur une superficie totale de 52 millions d'hectares, 11 millions d'hectares seulement appartiennent à la petite propriété, soit moins du quart; un autre quart appartient à la moyenne propriété (propriétaires ne cultivant pas eux-mêmes), et la moitié à la grande propriété. M. Challemel-Lacour, sénateur très opportuniste et ancien président du Sénat, l'a hautement affirmé dans les discours mémorables par lesquels il a combattu la politique de protection douanière·: il affirmait que d'après les enquêtes officielles 45 centièmes du sol appartiennent à la grande propriété. Quoi qu'en disent les harangues gouvernementales, la terre de France n'est pas au paysan - cultivateur - puisque ce dernier n'en possède qu'un quart; les trois autres quarts forment la part des rentiers oisifs du sol - de la bourgeoisie capitaliste. Vous voyez que la part des faineants est plus belle que la vôtre! Le parti socialiste, ennemi des oisifs et défenseur naturel des intérêts des travailleurs, s'est toujours préoccupé des souffrances de notre \;aillante classe paysanne et propriétaire. De quoi vous plaignez-vous donc, citoyens? D'abord, du poids énorme de l'impôt foncier. Il a été prouvé, en effet, dans une discussion parlementaire du mois de janvier 1894, que l'agriculture paie de 25 à 33 °/o de son revenu, pendant que la propriété. urbaine paie 17 °/o, le commerce et l'industrie 13 °/0 , la propriété mobiliére (actions, obligations) 4 °/o, c.t les rentiers de l'État rien du tout. Vous êtes donc durement traités par l'impôt. - Seuls les socialistes proposent e'n votre faveur des mesures sérieuses. - En effet (art. ro du programme du parti ouvrier) : Impôt progressif sur les reYenus dépassant 3,ooo francs; suppression de l'impôt foncier pour les propriétaires cultivant eux-mêmes, et diminution de cet impôt p,our ceux dont la terre est grevée de dettes hypothécaires. Vous vous souvene? aussi de la célèbre discussion dans laquelle Jaurès a demandé que les 60 millions résultant du bénéfice de la conversion fussent employés à dégrever la propriété du paysan qui travaille lui-même. Vous savezquela Chambre, entraînée par l'éloquence de ce véritable ami des travailleurs de la campagne, avait adopté sa proposition; mais les députés revinrent sur leur vote aprcs les menace.s de M. Casimir Périer, alors président-du conseil. M. Casimir Périer est le type accompli du bourgeois capitaliste; il appartient à cette nouvelle féodalité de l'argent qui, grandie par l'exploitation du travaillenr,

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