14 LA RE\'UE SOCIALISTE s'oppose a\·ec une invincible ténacité à toutes les reformes que réclame la d<.':mocratie. C'est cette classe que Yous avez alors trom·ee devant vous vous barr:rnt l:1route; c'est elle aussi qui a fait avorter tous les projets de transformati0n équitable de notre systeme d'impôts. C'est à elle que vous vous heurterez partout et toujours, parce que, si elle exploite directement l'ouvrier dans ses mines et dans ses usines, elle exploite aussi le paysan propriétaire et toute la nation par son action politique et par ses manœuncs financiercs. Après avoir satisfait aux exigences de l'État usurier, vous devez aussi tenir Y0S engagements à l'égard de l'usure banquière ou bourgeoise. Il faut passer chez le notaire, ou se presentcr au guichet d'un credit quelconque, afin d'y deposer - sous le nom d'intérêts - le produit de vos pénibles travaux. Tout cela sert à entretenir des oisifs qui Yivent à la ville et qui, chaque trimestre, ont pour fonction sociale, pour seul travail et pour vocation, de passer à la caisse, non pour payer, comme vous, mais pour empocher. C'est une forte somme que, chaque annee, vous suez pour eux; la dette hypothécaire française depassc 20 milliards. Comptez les interêts. Le taux auquel on vous prête est variable. Aux gros proprietaircs, qui sont en même temps gros actionnaires, le crédit est léger. « On ne prête qu'aux riches », vous connaissez le proYcrbe, et on leur prête à un taux raisonnable. Mais quand le pau\Te paysan demande à emprunter, lui qui n'a rien qu'un bout de terre et sa Yaillancc, on le regarde de haut en bas; on fait une enquête sur son compte, on scrute ses actions, ses habitudes; s'il est connu comme bon républicain ou comme socialiste, messieurs les banquiers et les riches bourgeois, qui disposent du credit, repoussent sa demande sans pitie. Si c'est un homme d'ordre, un timide, un résigné, on l'admet enfin à goûter aux félicites de l'emprunt et de l'hypothèque; on lui prête - contre de bons gages - au taux de 10 à 11 °/ 0 . C'est du moins ce que j'ai lu dans un discours de M. Meli1,e, qui reconnaît le taux excessif du crédit fait au paysan pauvre. Et le malheureux halètera toute sa vie sur sa terre, bien illusoire, propriété negative; il croira travailler pour lui et il travaillera pour la classe capitaliste. Triste proléta;rc, attaché à ce lambeau de terre et à ce travail de forçat par le boulet de l'hypothèq uc, encore soutenu cependant par le mirage propriétaire - mode raffiné et commode de l'exploitation capitaliste. Il y a aussi les banques de crédit mutuel, dira-t-on; nous pourrons en parler plus longuement une autre fois. Souvenez-vous que ces institutions sont dans la main du parti monarchiste et clérical un moyen d'influence politique. On fait semblant d'aider le cultivateur afin de l'enchaîner et de le détourner de la reYendication socialiste de ses droits.
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