LE CONGRÈS INTERNATIONAL DE LONDRES 195 fut combattue en France par le Comité révolutionnaire Central; acceptée par le Parti ouvrier, elle fut bientôt un fait accompli, comme en. témoigna le double titre que portèrent les circulaires d'invitation. C'était la porte cntr'ouverte aux anarchistes. S'ils ne pouvaient se représenter comme tels, ils pouvaient entrer comme délégués d'un syndicat quelconque, et il leur était aisé d'obtenir un mandat, même d'un syndicat ne partageant pas en majorité leurs théories. On était fondé à exclure l'anarchiste; on était obligé d'admettre le représentant de chambre syndicale; et, comme les deux qualités pouvaient être réunies en une seule et même personne, on avait devant soi une sorte d'être hermaphrodite, qui pouvait profiter de son mandat régulier pour apporter dans le travail du Congrès socialiste des doctrines réprouvées formellement par lui et pour servir ainsi d'élément dissolvant. La presse et la rcaction bourgeoises de tout pays ne se faisaient pas faute d'encourager cc moyen de paralyser le parti puissant et organise'.: qu'elles redoutent par-dessus tout. Telles ont c'.:téles causes lointaines et profondes du conflit aigu qui a agité les prcmi~rcs séances du Congres. La- bataille commença dès le dcbut. Chaque section nationale était naturellement chargée de vérifier les mandats de ses membres. Là où la majorit0 était franchement socialiste, c'était chose aisée. Les mandataires de groupes anarchistes furent arrêtes au passage et priés d'aller rejoindre leurs amis hors de l'assemblc'.:c; mais 11 y eut trois nationalités où il n'en fut pa.s.ainsi. En Hollande, les alliés des anarchistes avaient une forte majoritc'.:; en Italie, les dix délégués italiens désignés par le Congr~s socialiste de Florence eurent la surprise de se trouver en présence de dix autres délégués représentant des organisations de tendance contra.ire; en France aussi, il fut visible dès l'abord que les voix se partageaient à peu près également entre les deux partis. La question déjà difficile se compliqua presque aussitôt, dans la section francaise, d'une autre question très délicate. Quatre députés, MM. Millerand, Jaurés, Viviani, Gérault - Richard, quoique ayant sur eux des mandats parfaitement réguliers, voulurent faire trancher par leur section cette question de principe : Une circonscription électorale, qui a 11omrnéun député socialiste, ne peut-elle être considérée comme équivalente à un groupe politique ou à n,1 syndicat qui peut compter parfois quelques personnes seulement, et le mandat qtt'elle donne à son élu 11e comporte-t-il pas le droit et,même le devoir de la représenter dans ttn con~ grès socialiste iulernationnl? - Après des débats longs et vifs, la section française, par une majofaé assez faible, se prononça dans le sens des quatre députés. Mais ce n'était là qu'une solution provisoire. La commission française de vérification signala le cas au Congres et cc fut l'objet d'une discussion confuse et violente.
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