La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ; Cette, <lu <lépl:tcemcnt <les cntrepè>ts. C'est Milan, c'est Gênes qui héritent de notre florissante activité méridionale; c'est encore Madrid, c'est surtout Barcelone, où le sénateur Venancio Gonzalez proposait, il y a Jeux ans (3 juillet 189-1-, debats des Cortés) d'établir des niagasins spéciaux pour l'admission en franchise des vins français. Non seulement les ports nous prennent une partie de notre tonnage; avec la complicitc des agrariens, l'ctrangcr s'est emparé d'industries-où nul n'osait jadis nous disputer la palme. Après toutes ces constatations, on se demande ù quel degre d'aveuglement - ou d'hypocrisie - sont tombes les apologistes fanatiques de notre système douanier. En vérité, n'est-cc point, comme le disait jadis Jaures en une autre occasion, - ajouter ù la misère du peuple • la raillerie, que Yenir nous vanter les effets mirifiques des tarifs? A chacun de ses pas, M. Méline exalte les services du protectionnisme. Nous n'ayons qu'à puiser au hasard d:rns ses discours pour y trouver des phrases malheureuses qui semblent autant de criminelles boutades (discours à l'association de l'industrie française, 6 mai 1893; discours de Laon, 11 octobre 1893). Ses lieutenants ne sont pas moins fcconds en assurances optimistes. Le 2_~ septembre 1893 - pour ne citer que cette date - M. Viger se félicitait à Privas du<( rclé,·cment agricole»(!) et enfin M. Graux, dans s:)n allocution à la commission des douanes de la Chambre (8 juin 1896), forçait la note jusqu'au lyrisme le plus extravagant : (( En dépit des attaques dirigccs contre lui, le rcgimc douanier a donné les plus heureux résultats, puisqu'il nous a permis d'entretenir les meilleurs rapports avec les principales puissances et d'assurer a nos exportations le plus large développement. Ce développemwtest smsible, si 1'0111'exa111iq1u1eela valeur des produits; il est co11sidérabslei, prena11/ despointsplus exactsdecomparaiso110,11tie11c/ omptede leurs poids. Aussi les auteurs <le notre nouveau regimc douanier croient-ils pouvoir être fiers de leur œuHc et ses adversaires se bornent-ils :\ demander que l'expérience en soit continucc (?) » (1). Que les protectionnistes soient fiers de leur besogne. Nous leur laissons leur Yanité. Mais· nous les défions de sortir des aphorismes guasi-thfologiqucs, et <le venir justifier leur œuvrc, statistiques ù l'appui. On peut faire <lire aux chiffres tout cc qu'on Ycut - du moins on le prctend - mais ici les chiffres se révolteraient contre toute con- (1) Quelques jours encore avant J"appnrition de cet article, les journaux conservateurs - le Mali11, de Paris, et le Télfg.-nmme, de Toulouse, entre autres - notaient avec enthousiasme la reprise de nos relations aYec la Suisse. lis oubliaient de remarquer que cette recrudescence d'échanges était duc uniquement à la convention de 1895, c'est-à-dire à une premihc atténuation du protectionnisme.

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