La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

6 LA REVUE SOCIALISTE que Yicndr:lient faire les anarchistes Jans un congres so~iali,st_c.,Notcz qu'ils sont par définition même ennemis de toute :1sse111bkcdeliberantc, qu'ils ne reconnaissent point les lois des majorit_és, qu'ils s'intei:l)ise~it de Yoter puisque « YOtcr, c'est s'aYilir », su1Yant le mot d Elisee Reclus! ~otcz qu'ils ne peuYcnt être logiquement les délégués d'~ucun aroupc • qu'ils abdiqueraient leur indépcnd:1ncc absolue et renie- ::, ' 1 • ••1 raient leurs principes en acceptant le rolc de mallt at,nres; qu 1 s deviendraient eux-mêmes des espèces de parlementaires en entrant dans une sorte de parlement ounier. Qu'on ne parle point àcc propos d'exco111munication. Le parti socialiste, rcpondant au besoin de précision et de clarté qui est à l'heure qu'il est dans tous les esprits, s'efforce de dire nette111entcc qu'il désire et comment il entend y parYenir. Il ne peut sans <langer laisser les premiers venus se cou,Tir de son pavil Ion. Il indique les conditions indispensables pour qu'on ait droit <le se réclamer de lui. Libre à gui le nut de se joindre à lui, en adoptant la ligne de conduite, d'ailleurs souple et large, qu'il a dù se fixer. Cc sont les anarchistes gui s'excluent euxmêrncs, s'ils yculent demeurer fidt:lcs aux doctrines qu'ils ont tant de fois prèch<'.:es. Ils seraient deplacés :rn milieu d'un parti organis<'.:, eux qui repoussent toute organisation; et comme œ parti d':1ction et de combat doit discuter sa tactique pour les années suiYantcs, eux gui sont réfractaires à tout engagement, à toute discipline, ils ne pourraient rien faire dans le Congres, sinon agir comme des clcments dissolvants, empêcher les d<'.:libcrations à force de tapage et de désordre:. De la part d'hommes gui parlent sans cesse de libcrt<'.:, cc serait, il faut en con\·cnir, une singulière façon de respecter la liberté d'autrui, et il resterait à sarnir à quel point il est loyal et honnête Je Yenir chez les gens, sans y être invites, pour cou,Tir leurs voix, troubler leurs réunions et faire ainsi le jeu de la pire réaction bourgeoise. Assurément on peut regretter que des penseurs illustres et considcrables, comme Éliscc Reclus et Kropotkine, des écrivains et de~ orateurs qui sont <les forces, comme Jean Graye et Sébastien Faure, se condamnent Yolontairement à être absents de ces arandes assises du t, monde ouvrier. Je leur sais gré, pour ma part, de maintenir avec énergie les droits de l'individu et de rappeler ainsi au socialisme, s'il était tenté de l'oublier, qu'il doit faire aussi large que possible la part de la liberté, dont l'anarchisme n'a point le monopole. Je leur pardonne volontiers d'être les outranciers de l'ideal et de ne pas laisser le socialisme borner ses revendications aux reformes prochaines et prendre les premières étapes pour le terme du Yoyagc. Je crois qu'ils peuvent, du dehors, être d'utiles avertisseurs pour le socialisme militant. Je les v~1-rais même avec plaisir, si leurs principes le leur permettent, orgamser de leur coté un congres anarchiste, où ils préciseraient aussi leur

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