La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE SOCIAÜSME' SÉPARÉ DE L'ANARCHISME M. Hamon fait quelque part (page 379) un aveu qui porte loin. ' Il écrit, en parlant de la division qu'il faut bon gré mal gré constater entre les deux partis : « Si l'on éliminait le facteur temps, elle cesserait d'exister». Cela est vrai en une large mesure. Mais cela suffirait, à défaut d'autre chose, pour ne pas permettre aux <lcux partis une action commune. Prenons, en effet, deux ou trois exemples. L;i patrie, nous l'espérons, se fondra un jour dans la grande unité humaine, comme les anciennes provinces françaises se sont fondues dans cc qu'on nomme aujourd'hui la France. Les anarchistes s'écrient en conséquence : - Agissons dès maintenant comme si la patrie n'existait plus. - Les socialistes disent au contraire : - Ne commençons point par démolir la maison modeste et médiocrement bâtie oü nous habitons, sous prétexte que nous pourrons avoir plus tard un palais magnifique. De même il viendra peut-être une époque (et nous ne demandons pas mieux que de l'aider à venir) où la contrainte de la loi sera inutile pour garantir les faibles contre l'oppression des forts et• pour faire régner la justice sur la terre. - Agissons-donc, reprennent les anarchistes, comme si la loi n'était d'ores et déja qu'une entrave toujours , . nuisible ou superflue. - Non, répliquent les socialistes, émancipons progressivement l'individu; mais gardons-nous de prêter aux hommes tels qu'ils sont l'équité, la sagesse, la bonté que pourront avoir les hommes tels qu'ils seront après une longue période éducative. De même encore il est permis à la rigueur de concevoir un régime où la production sera devenue assez abondante, où les hommes et les femmes sauront assez limiter leurs désirs pour que chacun puisse << prendre au tas » de quoi satisfaire ses besoins. Et les anarchistes <le conclure: - A quoi bon dès lors régler la production et la répartition de la richesse sociale? Agissons immédiatement comme si l'on pouvait puiser à pleines mains dans une provision inépuisable. - Pardon! répondent les socialistes. Si nous commencions par assurer la vie de la société en assurant à tout trava,illeur une rémunération équivalente à son travail ! Pour le reste, nous verrons plus tard. Impossible de répéter en pareille matière : Le temps ne fait rien à l'affaire. Et, sans même examiner qui a tort ou a raison, on sent assez l'irréductible difficulté de faire marcher ensemble deux partis qui disent, l'un : Transformons d'un coup et sans répit tout notre idéal en réalité; l'autre : Opérons à mesure qu'elles deviennent réalisables les transformations justes et nécessaires, et laissons aux générations futures le soin de perfectionner ,et d'achever ce que no~s aurons ébauché. * * * Étant do~nées ces divergences profondes, on peut se demander cc ..

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