4 LA REVUE SOCIALISTE considere point comme socialiste. Tout d_ernièrement encore (mars 18 9 6), la Revue Rouge, dans un article où j'ét~is honoré de quelques injures, s'écriait tout comme la plus bourgeo1_se des revues : _« A,l.lez, messieurs les socialistes, triste engeance, continuez de pourrir l ame du peuple a\'ec des préjugés anciens retapés ... Déjà au_x clairvoyants \'OUs n'apparaissez plus que comme des marchands de vieux-neuf ... de très stupides messieurs Homais ». M'est a\·is apres cela que_M. Hamon denait commencer par se mettre d'accord a\'ec ses amis avant de rcclamer pour eux le droit de prendre part aux congrès de la « triste engeance » que nous sommes. On le voit, le lien qui a pu jadis unir les deux groupes est brisé d'un commun accord, et il importe assez peu que certains hommes et certains journaux hésitent dans l'entre-deux, ne sachant de quel côté se ranger. Les fronti<'.:res peu,·ent être sur certains points indécises et litigieuses·; cela n'empêche point le gros de chacun des deux partis d'avoir choisi sa place et sa ligne de bataille. * * * Mais, plus que l'attitude et la posn1on dcjà prises, des différences essentielles séparent socialistes et anarchistes. Faut-il les rappeler une fois de plus? C'est d'abord une différence dans le but final. Les anarchistes sont des chercheurs d'absolu ; ils rêvent la suppression complète de toute autorité. Or, les socialistes croient que toute organisation sociale comporte un minimum d'autorité, et, tout en désirant une extension indéfinie de la liberté, ils n'espèrent point qu'on arrive jamais à cette liberté illimitée qui ne leur semble possible que pour l'individu isolé (1). C'est ensuite une diffcrence de mèthode et de moyens. Les socialistes rcpudient énergiquement l'attentat individuel, qui leur parait inefficace pour supprimer un mal collectif et moins justifié que partout ailleurs en pays de constitution libcrale ou républicaine; ils répudient par-dessus tout la bombe stupide et aveugle dont les cclats vont frapper au ha!lard amis et ennemis, innocents et coupables. Les socialistes n'ont pas la prétention de créer du jour au lendemain une société parfaite; il leur suffirait d'aiguiller la société actuelle sur la voie nouvelle où les hommes doivent s'engager pour devenir incessamment plus solidaires et plus libres; il leur suffirait de lui faire accomplir une bifurcation décisive sur la route où elle chemine d'une façon si pénible et si lente. (1) J'ai dévdoppé cela ailleurs. Voir Sotialisme liber/aire et aua,·chie, pp. 23 _ 2 6.
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