La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

II8 LA REVUE SOCIALISTE détenteurs de ces capitaux jouissent d'un monopole plus ou moins grand et qui, dans certains cas, peut même devenir absolu : << ils réalisent ainsi des gains fort considérables JJ (p. 392). Il va même plus loin en disant : « II n'y a aucun doute que, si les capitaux (fonciers) deviennent propriété collective, la rente ne soit acquise :1 LI société entière, au lieu d'enrichir certains individus » (p. 399). li s'agit seulement de résoudre la question de savoir si la nationalisation sera utile ou non à la nation. A cela l'auteur répond: « Les faits connus semblent bien indiquer une réponse négative, au moins en général: Les frab d'exploitation augmenteraient probablement dans une grande proportion et la qualité des produits diminuerait. Il ne faut pourtant rien exagérer. Il existe, en Suisse par exemple, des communes qui gèrent leurs domaines aussi bien que pourraient le faire des propriétaires privés. Mais cela semble l'exception plutôt que la règle. » (p. 404). Malgré cela, l'auteur n'est pas adversaire absolu de la propriétt'.·collective du sol: « il n'est pas du tout prouvé que, même pour un peuple déterminé, à chaque période historique doi\"e correspondre une seule forme de propriété ... Les propriétés collectives qui existent encore en Italie et qui ont subi pendant tant de siècles l'épreuve de la libre concurrence font voir par là qu'elles correspondent à certains besoins. Si on les détruisait violemment, il est certain que la somme d'utilité dont jouit le pays serait diminuée» (p. 416). La méthode qui ri:gne dans l'ouvrage de M. Pareto est celle des sciences naturelles, d'où une grande richesse de données historiques et statistiques ; cela lui prête une valeur scientifique très réelle. L. vVlNIARSKI. * * * Auguste èomte et Herbert Spencer (Conlribulio11 à l' !Jisloiredes idéespbilosopbiq11aeus XIX0 siècle), par E. DE RüBERTY. - Paris, félix Alcan. L'ouvrage de M. de Roberty, sur Auguste Co111tet Herbert Spenœr, n'est pas seulement, comme l'indique son sous-titre, une étude historique; il représente aussi et surtout un nouvel épisode de la guerre que l'auteur a entreprise des longtemps contre l'agnosticisme, et dont les épisodes antérieurs ont été signalés par la publication successive de ses autres ouvrages si remarqués sur l' lnco1111nisrnble, sur la Philosophiedu siècl~, sur l'Aguosticis111e t sur la Recherche del' U11ité. Par l'examen parallde des deux systèmes de philosophie contemporaine qui semblent les mieux émancipés de toute métaphysique et de tout mysticisme, M. de Roberty s'attache à faire ressortir l'incompatibilité radicale et irrémédiable qui existe entre le monisme et l'agnosticisme, en montrant comment, chez Comte comme chez Spencer, les efforts de celui-lit sont fataJement réduits à l'impuissance par les résistances contradictoires de celui-ci. Il est autorisé par cette démonstration à dénoncer comme le vice radical de la philosophie du dix-neu\"ième siècle ce « périlleux et déshonorant illogisme » qui consiste à vouloir « allier, d'une façon à là fois inconsciente et profondément irrationnelle, la recherche de l'unité au dualisme de la connais-

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