REVUE DES LIVRES II 5 l'auteur demande J.a nationalisation du sol. Mais il nous semble que dans le domaine économique privé, ainsi limité, la libre concurrence ne se réalise pas encore pleinement. En effet, peut-on mettre les capitaux personnels absolument sur le même pied que les capitaux proprement dits? L'analogie existe indubitablement. Les personnes ne peuvent souvent pas ,·endre leurs services, leur travail, comme le capital ne peut pas ,·.:mire les siens, les profits. Mais l'analogie cesse, si nous faisons un pas plus loin. Dans le cas d'une stagnation des affaires, d'une crise, le capitaliste peut entamer son capital lui-même et attendre l'arrivée de temps meilleurs, ce qui cst impossible :1 l'ouvrier. Celui-ci ne peut pas entamer son capital personnel, son corps. Cette différence dans la fonction du temps, cette impossibilité d'attendre, met l'ouvrier dans une situation d'infériorité à l'égard du capital et crée pour ce dernicr une espècc de monopole qui équi,·aut à une exploitation. Si ce n'est pas un monopole naturel, c'est au moins un monopole historique : notre société actuelle plong..: par ses racines dans cclle de.::l'ancien régime, basée sur b servitude, où le caractère monopoliste de.:l:a possession était manifeste. Or on objecte justement à la Révolution le caractère formel de son émancipation, laissant intacte le monopole propriétaire. D'un autre côté, l'hérédité de~ capacités personnelles est chose assez problématique, en comparaison avec le droit de succession des capitaux proprement dits. Un Shakespeare, un Goëthe ne.::bissent pas toujours ù leurs enfams leur génie; mais, si un homme amasse un million, cc.:m: illion va indubitablement à ses enfants. L'hérédité des capacités personndle~ est si peu prouvée que ces enfants peuvent bel et bien dissiper le million amassé par les épargnes du père. Ici encore c'est l'hérédité des capacités personncllc.::squi est en défaut, mais non le droit de succession. Le capital mobiJier se trouve donc dam une situation pri\'ilégiée :i l'égard du capital personnel. Ce fait :1 une grande importance : il démontre que l'équilibre économique théoriquement établi par M. \Valras - et qui (Onserve du reste toute son importance scientifique - n'est pas réalisé dans la sociité ac/111'1/e, de méme que le maximum d'utilité pour tout le monde n'y est pas atteint grâce à cette position privilégiée du capital mobilier. La méthode employée par l'auteur et les résultats auxquels il arrive sout admirables : mais ils ne donnent que la premiére approximation vraiment scientifique du problème économique, et ils se prètent d'ailleurs très bien à toutes les modifications nécessaires pour se rapprocher de pll,lS en plus des phénomènes de la vie réelle. Nous ne. pouvons qu'indiquer ici un sujet qui exigerait de va~tes déve- • Jappements. On voit de cette manière qu'au point de vue pratique on peut exiger en outre de la nationalisation du sol, celle du capital. Pour enle,·er au capital sa position privilégiée, il faut le rendre accessible aux sociétés OU\Tiéres par un système de crédit public adapté aux besoins; il faut, en outre, supprimer le droit de succession. Alors seulement on pourra dire que le capital personnel se trouve dans la méme situation sur le marché que le capital mobili~r, que· le premier n'est plus soumis à exaction ni il exploitation et que la libre concurrence procure à tout le monde le maximum d'utilité. En faisant ces remarques, nous ne sortons ni de la méthode ni de la
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