LA REVUE SOCIAUSTE virtuoses - professionnels ou non, - race encombrante et pédantesque (r). P.1r quel moyen (ici la question se pose) aider au développement du goùt musical dans le public? Cc serait, me semblc-t-il, par un moyen jusqu'ici (ou du moins actuellement) néglige : par l'etude de la musique ,·ocale. . Tout le monde ou à peu près, quelles que soient les facultes vocales dont on dispose, est capable de chanter juste, partant, <le tenir sa partie dans un ensemble choral, de concourir à l'execution d'œm·rcs importantes. Qu'au lieu de milliers de Yirtuoses, on crée des myriades de choristes sans autre prètcntion que celle d'apporter humblement une note dans un ensemble. Qu'au lieu d'avoir <les milliers de fanfares grotesques composées parfois de quinzc ou vingt executants, on forme, dans chaque canton seulement, des societés chorales sérieuses qui, peu ù peu, arriveront à exécuter les œuvrcs polyphoniques les plus complexes; qu'au sortir de l'ecolc, munis d'elemcntaircs notions, les jeunes gens y trouYcnt non seulement une distraction, mais une haute jouissance d'art. Que dans les etablissemcnts secondaires de l'État, comme cela a de tout temps existe dans toutes les écoles congréganistes, on crc.'.:cavec les merveilleuses ressources qu'on y a à sa disposition, des ensembles vocaux qui donneraient à tous le goôt de la grande musique : voilà certes des souhaits dont la réalisation serait d'une simplicitc.'.:enfantine. Aussi bien semble-il que dans le haut enseignement, la musique, comme les autres arts, tend à s'introduire, au moins par l'ctude de l'esthétique. L'année dcrniérc, M. Rolland se faisait recevoir docteur ès lettres de la faculté <le Paris avec une thesc sur les Origi11esde l'opéra t1va11t Lulli et Scarlalli; cette année même, M. Emmanuel soutenait deux thèses sur la musique et la· danse chez les Grecs; et M. Dauriac, professeur à Montpellier, venait faire à la Sorbonne, aYcc grand succès, un cours d'esthètiquc musicale, étudiant le mouvement musical du premier quart de cc siècle. En Allemagne, en Suisse, en Belgique et quelque peu dans le nord de la France, il existe un grand nombre <le sociétés chorales, capables d'exécuter de grandes partitions, aYec ou sans orchestre. Dans ces socic.'.:tése mêlent toutes les classes; bourgeois et ouvriers s'y coudoient fraternellement, rivalisant de zèle et d'entrain. En 1866, à Vienne, Berlioz dirigeant la Dam11atio1d1e Faust, l'orchestre était compose.'.:de cent cinquante exécutants et le chœur de (x) Lire il ce sujet l'impression que fit à M. C..amille Bellaigue, au « paradis » du Chatelet, la vue d'un ouvrier écoutant Nuit m·ei11e (dans Roméo et Juliette de Berlioz), et les réAcxions qui suivent (Revue des De11x-Mo11des du x" mai 1896 : La Musique au point de i•uesociologique).
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