CHROl\IQUE ~IUSICALE 97 longtemps répété. De musique vocale, il n'est point question. Parmi cent personnes l'ayant ainsï etudiéc, peut-être n'en est-il pas dix, ou seulement cinq, qui conserveront plus tard un culte sérieux, profond, pour la musique; en tout cas, cette faible minoritc ne devra trés pro·- bablement pas :i l'étude du Yiolon ou du piano le dcveloppement de son goùt musical. Ces obsen·ations s'adressent aux jeunes gens de l'un et de l'autre sexe. Dans tous les pays, en Europe comme en Amérique, il est d'un usage presque universel, dans la bourgeoisie et même dans les milieux moins fortunés, de faire donner aux filles des leçons de piano. C'est une mode absolument funestl! au développement du goùt musical, et - quoique cela semble p:nadoxal - il est cependant tn'.:s pénible de constater que cette manie, poussée aujourd'hui au paroxysme, 11e /eud à rien l/loi11squ'à avilir l'art l/lllsicrtl; car le seul but qu'on se propose est d'arriver :i apprendre ;lllx élévcs :i déchiffrer le plus rapidement possible n'importe quelle élucubration sonore; et on se félicite d'autant plus du résultat obtenu, que le 111orcert11 est hérissé de plus de difficultés; peu importe quelle en est la valeur artistique, peu importe le sentiment délicat ou la vulgarité désespérante dont il est empreint. De tout cela on n'a cure, et, pourvu que l'exécutante fasse montre d'une grande agilité digitale, pourrn que par des exercices d'acrobatie clic ait prouvé à son auditoire enthousi;1smé la vélocité Ycrtigincuse d'un doigté sa\'ant, on se montre satisfait. D'ailleurs, du petit au grand, c'est la même chose; et cc qui fait pâmer d'aise parents et grands-parents <l'un bambin de cinq ans jouant avec l'automatique perfection <l'un pirtnislrt (et par cœur, s'il vous plaît!) 1\1011 roc!Jerde Saint-Malo ou telle autre composition cjusde111 jrtri11ce, provoque à la distribution des prix du Conservatoire les bravos enthousiastes de l'assistance, lorsque Mlle X ou Mlle Y vient d'exécuter quelque piccc célèbre de Beethoven ou de Chopin, avec une non moins imperturbable perfection, un mécanisme impeccable et une sécheresse <ligne de certains compositeurs que la pudeur empêche <le nommer. Il suffit d'assister ;\ une séance de concert 01'.1un virtuose quelconque se fait entendre, pour voir et entendre quels trépignements de joi~, aprés un silence religieusement recueilli, saluent ces clowneries indig11es, exécutées souvent aux 'dépens de véritables chefs-d'œuvrc. A mon avis, par consélJUCnt, Li diffusion de la musique par les moyens actuellement employés est absolument ant,i-artistique, et, plus souvent, YOUS trouverez une saine appréciation, une admiration juste et raisonnée d'une œuvrc musicale mème d'un art très élevé, chez des personnes, je ne dis pas ignorant la musique, mais trés médiocres exécutants, ou mieux: pas du tout instrumentistes, que chez les 7
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