90 LA REVUE SOCIALISTE moins élégantes aux objections si vigoureuses de M. de Mun. Puis, se tournant vers cc dernier, il donne lecture du programmes de réformes des cercles catholiques d'ouvriers et oppose une page de M. d'Haussonvillc dans lesquelles l'orléaniste académicien semble prouver le carac!érc utopique et irréalisable de cc programme. C'est ainsi que M. Deschanel termine son discours en nous abandonnant devant le trou béant du vide theoriquc; n'adoptant ni le socialisme, ni l'économie classique, ni le programme des cercles catholiques, on ne sait plus quelle est sa pensée. Peut-être n'en a-t-il point? A certaines échappées, ·on croit reconnaitre quelques réminiscences des licuxcommuns, des pétitions de principes ou des tautologies qui forment tout le bagage scientifique de Bastiat, le plus bavard et le plus vain des économistes. Au poini de Yue pratique, on rencontre quelque trace de sympathie pour la coopération. La mousse légérc de l'argumentation Deschanel n'était point encore dissipée: l'infatigable Guesde se lévc et demande deux heures pour répondre. La suite de la discussion fut renvoyée au 25 juin. Cc troisieme discours prononcé par le député du Nord dans une sorte de lutte contre lui-même et contre ses forces lassées, au milieu 'des interruptions et des sottes plaisanteries des centres, a fait à certains témoins de la scénc une profonde impression. Le grand convaincu a voulu ramasser comme en un seul effort toute la partie économique du socialisme. Il montre la filiation entre Marx et Ricardo, Turgot, Adam Smith, véritables sayants Youés à la description des phénoméncs économiques qui se produisaient sous leurs yeux, rérute vivement la doctrine qui fait déri\·cr la valeur de la rareté et non du traYail, montre le bien-fonde de la théorie de la plus-value, en corrigeant d'importance les pontifes de l'cconomie politique qui critiquent le Capital de Karl lllarx et avouent en même temps n'avoir jamais lu ni compris l'ouwagc du penseur allemand. S'autorisant d'une phrase de Deschanel, d'aprcs laquelle la· production ne peut exister que si le travail mort et cristallisé s'offre au travail vivant sous forme de capital, il en tire l'aveu involontaire qu'il existe deux classes: celle qui dcticnt le travail mort - le capital - et celle qui travaille. - Mais même en supposant q uc le travail mort ait été réellement accompli par son possesseur (cc qui est géncralcmcnt contraire à la rcalité), pourquoi cc travail mort qui a déjà été rétribué dans le passé Yivrait-il et s'accroîtrait-il sans cesse aux dépens du travail vivant? Et ici Guesde cite une intéressante statistique empruntée à l'ouvrage cé_lcbrc de Gro11lund : The coopérative Commo1111weaellb; l'exemple de l'Etat de Massachusscts prouve que la part du capital (dans le partage des produits) atteint 48 à 50 o/ 0 de la part du travail, de sorte que, par la suppression de l'exploitation capitaliste, les salaires seraient
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