La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Il faut l'ayouer, la classe ounière n'a pas montre dans ces escarmouches politiques beaucoup plus de bon sens ou de considération pour les intérêts de l'humanitc que la bourgeoisie. En effet, Yivant pour la plus grande partie dans des conditions tant soit peu bourgeoises, les ouniers ont dcvcloppé l'esprit bourgeois en eux-mêmes, cet esprit égoïste de petit aventurier toujours guettant l'occasion de s'enrichir par tous les moyens, cet esprit ennemi de l'idéalisme, de la solidarité. Le chercheur d'or se figure qu'il est le citoyen le plus utile que la nation ait jamais produit. li exige que les lois soient subordonnées à ses intérêts, que les re\·enus de l'État soient dépensés à lui faciliter ses entreprises, que tous les m6ticrs naiment utiks soient traites par le gouvernement comme moins importants que le sien. Et cela, parce que ses efforts, dans une société aussi mal organisée que la notre:, cn:cnt une prospérité artificielle qui lui semble tout à fait réelle. Dans son a\·cuglement, il ne voit pas qu'au lieu d'ajouter en vcrité aux tn:sors qui font le bonheur du peuple il ne fait que consommer les produits des /rais travailleurs, qu'il achête libcralemcnt avec un article qui n'a aucune valeur intrinséquc. Et les gouvernements, entrainés par l'i\'fcssc de cette prospérité ficti1·c, se plongent avec hardiesse dans l'abime de la dette publique, soutenus par la confiance que leur inspire la pensée de ces richesses fabuleuses, reposant dans le sol à portée de tout le monde. li est éYident que cet or ne profitera jamais à la prospérité publique, puisque le trav,1il perdu par toute l'armée des mineurs représente bien plus que la v,ilcur de l'or obtenu; de sorte que, même du point de vue ctroit de l'économie politique bourgeoise, on ne saurait dt:counir une source de naie prospérité dans cette poursuite de richesses chimcriqucs . .\lais, de cc spectacle désolant d'un monde poursuivant un fantàmc, tournons nos regards vers les actions plus scnsccs de la classe ounièrc, qui lui ont conquis cc pou\"Qir et cette influence dont clic jouit en dépit de toutes les folies qu'elle a commises. Nous pouvons supposer connu de tollt le monde comment le premier mouvement pour la journée de traYail de huit heures fit misérablement naufrage en 1833. Le second effort vers cc but, commencé dans la colonie de \ïctoria, en 1856, par les ounicrs eux-mêmes, eut un succès éclatant. Cc mouYemcnt, commence par les ouvriers du bâtiment et du fer, n'aYait aucun autre but que la journée ouvrière normale, et partait de cette assertion qu'un climat comme celui de Victoria, en rcalite fort semblable à celui de Lisbonne ou de Marseille, ne permet pas à l'artisan qui travaille à la forge ou au soleil brûlant de s'exposer impunément à une telle chakur pendant le même nombre d'heures que dans les climats dits tempérés. L'ouvrier sacrifiait volontiers quelques heures de gages - tout cc qu'il demandait, c'était une journee normale. Les

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