La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

88 LA REYUE SOCIALISTE aux avantages, maintenant a jamais perdus, qu'offraient ces conditions prirnitiœs, pour établir tout de suite un parti ounicr sur la base radicale et compréhensive du socialisme scientifique. Si les conquêtes matérielles du traYail en Europe n'ont pas 6té si étonnantes, cc n'est pas que les apôtres du mouYemcnt socialiste y aient montré moins de courage ou de sens pratique ; mais c'est que la puissance de cet ennemi implacable, le capitalisme, y était bien plus formidable qu'aux antipodes. Et ce qu'on n'y a pas gagn6 immédiatement pour soi, on peut espérer le gagner aYcc usure pour ses enfants, puisqu'au lieu d'obtenir un gain matériel immédiat on a fait croître dans b classe ouHiérc une force inYincible, la force morale d'un idbl, la force d'une conYiction bien fondée; celle de la libt'.:ration de l'humanité souffrante, par la systématisation des premicrcs conditions de la Yic. En Australie, au contraire, on a de tout temps épuisé ses énergies à obtenir de petites concessions de l'ennemi, concessions, il est nai, gui ont sans doute amclioré la situation des membres de la classe ou\Tière, mais gui ont, d'autre part, trop frcguemment fait oublier k ,,, grand but final de la guerre impitoyable entre les deux principes du traYail et du capitalisme, c'est-à-dire l'cmancipation complctc du traYail, la rcgénération de l'humanité moderne par le socialisme. C'est une guerilla interminable, une série infinie d'escarmouches, qui n'aboutira jamais à une grande bataille décisive, qui ne laissera jamais au parti ouvrier le temps de se préparer mentalement aussi bien que pratiquement à la lutte finale, l'incYitable révolution qui mt'.:nera à la liberté économique. Et les représentants du capitalisme en Australie, faute du pouvoir absolu dont jouissent encore leurs frères du Yicux monde, se voyant réduits à la ruse et à la diplomatie, s'empressent de faire des concessions aux demandes impératiYcs de cette jeune ctourdic grisée de son succès: la classe ouvrière. En grande pompe et cérémonie, ils lui concèdent, de temps à autre, quelque petite loi, quelque Yaguc promesse, quelque priYilège innocent, quelque aumône chéti,e, tout en prétendant qu'au milieu de tous les autres soucis du ménage social c'est un sacrifice assez grand pour un gouYemement que de se mêler de petites affaires de cc genre gourmand : le peuple. Les ministres et les membres « respectables » des Parlements, aYec une condcsccnd:rnce étonnante, donnent la main aux candidats du parti ou\Ticr, qui se pf1ment ,de leur indépendance et de leur influence, et ne s'apcrçoiYent pas du clin d'œil que se font derrière leur dos cts prétendus sen·iteurs de l'intérêt public. Ces candidats du partiounier se sont tout à fait réconciliés aYccles règles parlementaires. Il leur paraitrait absurde de parler dans l'assemblée législatiYc dont ils font partie des idées fondamentales du système social auquel ils se

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