La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE suppression de l'escla"age dc\'icndrait l.\nCnécessité imposée par les excés de l:t forme de tra\'ail ser\'ile, parvenue au terme de son développement. Sans doute, i tous les âges, on trou,•e des penseurs, des hommes d'État, qui semblent s'évader, en arri.'.:rc ou en aYant, de l'idéalité contemporaine, scion qu'ils expriment les tendances d'une classe décadente ou d'une classe ascendante. Mais pour rétrogrades ou ré\'olutionnaires qu'ils semblent ou se croient, leur œunc, intellectuelle ou politique, faite a\'ec et sur les matériaux de leur époque, reste dans la limite des possibilités pratiques de leur temps, dont ils ne peuvent s'écarter. Je prendrai deux exemples, choisis ides périodes bien éloignées; on Yerra comment, dans les deux cas, les uns et les autres sont impuissants à enrayer l'holution sociale ou à la précipiter. Les apologistes du moyen àgc et de la féodalité sont aujourd'hui l'expression des rancunes et des intérêts de la propriété fonciérc nobiliaire, détrônée depuis un siccle par la propriété industrielle de la bourgeoisie et menacée d'une transfor'mation radicale dernière par les progrès de la propriété financière, qui engloutira les deux. Les critiques acerbes de l'antisémitisme, les anathémes au libéralisme des écrivains catholiques n'ont pas d'autre inspiration. A Athcn..:s, Aristophane déclamant dans ses comédies contre la prépondérance des marchands et la souYcraincté de la populace était l'écho des mêmes intérêts fonciers. Les uns et les autres, i plus de deux mille ans de distance, s'épuisent en regrets superflus sur la disparition des vieilles familles terriennes. Aristophane et ses coreligionnaires actuels attribuent au rcl:îchcmcnt de l'esprit religieux, aux idées subYCrsiYcsembrassées par la jeunesse, cc qui est le fruit d'une dissolution n:nurclle de formes sociales épuisées. Car cc n'est ni Périclès, ni Cléon qui a,·aient corrompu le peuple et rendu à jamais impossible le retour à la constitution de Solon, pas plus que Luther n'a effrité le ciment dl! la rcglcmcntation catholico :ffodale ; mais le progrès du commerce, la prépondfrancc maritime des flottes athénicnnl!s dans la mer Égée, le dé,·cloppcment de l'industrie; la décou,·crtc de l'Amériqul! par Christophe Colomb, l'impulsion donnée aux échanges par l'alTiuence des métaux précieux - ces grands faits économiques, aux deux époques, créent une forme de propriété nouycfü:, aYec des rapports politiques et sociaux, juridiques et religieux adéquats. En d'autres tl!rmes, la classe des marchands et des industriels ayant conquis,par la richesse, la prépondérance é~onomique, clics conquièrent la prépondérance politiq uc, parce que l'Etat doit être toujours l'ex pression des classes les plus riches. Et l'impuissance des réacteurs, attachés aux intérêts des classes décadentes ou en ,·oie de disparition trés prochaine, éclate '

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