La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE \'ante est toujours à b merci d'un homme de geme, inventeur, con• quérant, spi:culateur, qui change les conditions d'existence d'une nation ou d'un continent. Pendant cinquante ans, les peuples affaissc:sdans leur routine impn:Yopnte et égoïste ont laissé faire et patauger ks diplomaties et les gou\·ernemcnts. Et la force des choses a repris ses droits, nous entr.linant, comme la pente des flcm·cs entraîne leurs eaux, à une gucrn: dcsastrcuse pour le Yainqueur comme pour le vaincu, fauchant des milli<.:rs d'indiYidus qui s'c:taicnt probablement fait un autre progr.1mme de Yie et qui aYaient sans doute fait des n:\·es de long bonheur. Les morts out été les Yictimes expiatoires de l'erreur collective; mais ceux qui en portent le plus lourdement le poids, cc sont les descendants des contemporains du second Empire, dont ils ignorent même l'histoire, et non pas les courtisans, fonctionnaires, ministres, spéculateurs, agioteurs, rentiers de cette époque, plus ou moins auteurs ou complices de nos malheurs, qui ont béncfici.: de la prospérité impériale et sont morts tranquillement dans leur lit. Il ne faut pas ètre un prophi:te bien clair\"Oyant pour pn:dire que nous allons à une rérnlution lamentable, dctermincc par le surmenage économique, l'imb.'.:cillité du spécialismc, la ruine et la misère. Ceux qui en sont Y.'.:ritahlcmcnt responsables sont ks citoyens arrivés à l'âge de Yirilité et de raison depuis Yingt-cinq ans. Ceux qui en seront les Yictimes seront ceux qui \"i\Tont dans le prcmi<:r quart de l'autre siècle et auxquels il serait bien impossible d'empêcher, quelles que fussent leur intelligence et leur énergie indiYiduclles, que les choses soient cc que nous les a\'On~ faites. On peut maudire l'existence, la nature et ses ascendants, proches et congérn:res; on ne peut pas fair<: qu'on ne soit solidaire a\·cc eux, responsable d'eux dans l'intimité de son ètre mèmc. Et, pour n'ètrc ni solidaire ni responsable des êtres étrangers, pour faire sa destinée indi\·iduelle suiYant son goùt et sa YOlonté, il faudrait ne pas habiter la planète ou se rencontre le bipède humain. li faudrait aller dans la lune. Apn:s les fatalités inéluct.1blcs d'origine et de naissance, \'icnncnt les fatalités sociales, c'est-à-dire de condition, de circonstances et de milieu, f.1\·orables ou défavorables, qui influent singulit'.:rcmcnt ~L;rla destinée indiYiduelle et la rendent trés différente de cc qu'elle aurait pu ètre. On s'est plu à dire que nos institutions, dites démocratiques, a\·aicnt diminué ou supprimé ces fatalités. Elles n'ont fait que les changcr. On cite comme exemples concluants une foule de parvenus sortis des classes inférieures, qui ont fait de grosses fortunes, ou sont arri\·és !t de hautes fonctions. Si l'on examinait a\"CCattention leur cas, on verrait que la plupart ont été fayorisés par des circonstances qu'ils n'.'.:taient pas maîtres de foire naitre et par les institutions qu'ils n'ont pas le mérite d'a\·oir créées, tandis que d'autres, qui méritaient une

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