La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE par un pieux signe de croix; naïve prière expiatoire pour le meurtrier et sa victime. 6 Décembre. Une population clairsemée nous entoure ici. La solitude a rendu le paysan campinois farouche et morose. Dès les premiers jours de la colonie, il s'est mis à considérer cette institution comme destinée avant tout à venir en aide a sa misO::re.L'administration l'y a quelque peu excité en lui conférant des emplois pour effectuer à Yil prix les expropriations indispensables a la création des colonies. De li une génération de surn:illants grotesques et illettrés, confinés par la direction dans certains services 6lémentaires, où ils sont attirés et où ils ont sou,·cnt justifié des reproches de vol et de détournement. Cc sun·cillant déhanché, a la démarche gauche, portant l'uniforme comme on s'affuble d'oripeaux canuvalcsques, est l'intermédiaire de la population et l'agent de ses prélibations sur toutes les fournitures affectées :\ la colonie. Car tous les cultivateurs des e1wirons considercnt comme de bonne prise les pires soustractions et les fraudes les plus éhontées. Jadis le cultivateur, habitué à mépriser le détenu qu'il pille chaque jour, joignait à ce role peu délicat une fonction répressive. En cas d'évasion, il devenait une sorte de gendarme d'occasion. L'administration lui conférait une prime par fugitif ramené. JI en résultait fn:quemmcnt des chasses désordonnées à l'homme:\ trpvcrs les bois de sapins et des luttes entre les rustre; et les évadés. Faut-il ajouter que cette poursuite sauvage ameutait les détenus, faisait bouillonner le sang des plus calmes et donnait fréquemment lieu :i des luttes épiques où la lourdeur et le nombre des ruraux se heurtaient à l'agilité et à la souplesse des gars des villes et qui ordinairement se dénouaient devant b cour d'assises. La suppression de la prime attribuée :i ces auxiliaires quelquefois trop zélés a mis un terme :i ces sc0ncs sauYagcs. Je ne resterai pas a Hoogstractcn, qui n'est qu'une sorte de dépot central, oü Sl! trou,·ent concentrés tous les services de la colonie : boubngcrie, brasserie, hopital, bureaux, etc. Le Yéritablc établissement de travail est à une petite lieue d'ici, au petit Yillagc de \Vortel. On va nous y envoyer cc matin. \'ers dix heures, nous nous sommes en effet réunis sous le porche d'cntrec. Quatre lignards et un caporal formaient une escorte qui devait nous accompagner, baïonnette au canon. li fais.iit beau, un faible rayon de soleil argentait le giYrc tout Ju long de la route. Pour sortir du chàteau, nous marchions deux à deux en une longue file impeccable; mais, :i peine fûmes-nous sortis de l'allée, que

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