La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

jOO LA REVUE SOCIALISTE un temps brumeux. Le Yicinal m'a conduit à travers quelques Yillagcs industriels; puis, après une bifurcation des r,1ils YCrs des distilleries ,1dossces au ca11al, que nous a,·ons traversé, il s'est élancc au travers des sapinières de b Campine. Deux ou trois fois nous avons traversé un Yillagc bordant la chaussce. Qui ne les connait ces villages campinois, après les innombrables toiles qu'ils ont suggérées aux maîtres flamands de notre époque? Partout c'est la même sobriété de ton se dégageant harmonieusement sur le fond vert sombre de la sapinierc. Une seule note plus claire se glisse parmi ces lavis ternes. Les barons terriens y font peindre les portes et les ,·olets de leurs fermes aux couleurs de leurs écuries de course. Derrière une courbe de la route surgit l'établissement des trappistes avec ses alignées de bâtiments symétriques et ses cultures irréprochables. Puis le monotone cahotement du Yicinal reprend sur les rails, qui s'enfoncent dans le sable. !liais YOiciun plus grand village: Westmalle. La ligne s'y sépare en deux tronçons dont l'un descend sur Turnhout, capitale de la Campine, et l'autre sur Hoogstraetcn, siège du dépôt de mendicitc. ~ous sommes en pleine bruyère. Les jachères alternent a,·ec les bois de sapins; çà et là un chemin bosselc débouche sur la grande route. Puis, tout à coup, l.1contrée reprend un aspect ciYilisé. l\ ous allons traverser le canal d'irrigation, qu'annoncent les parcelles cultivées alignées sur ses bords. Un haut clocher domine la plaine avec quelques cheminées d'usine. Des capitalistes anglais ont planté sur les rives du canal une fabrique de ciment et plusieurs panncteries. On m'assure que le prix du transport de leurs produits vers leurs débouchés principaux sont largement compensés par les salaires de famine qu'ils paient it kurs Oll\'ricrs. Ceux-ci, de leur côté, sont les plus vigoureux de cette région pau\'J'e. Le service militaire a dén:loppè chez eux des besoins que l'industrie agricole ne saurait satisfaire; ils ,·ont a l'usine. Enfin Yoici Hoogstraetcn, gros bourg de quelques milliers d'habitants, marché assez important, a,·cc un petit seminaire et quelques fabriques de cigares. La localité date de plusieurs siC::clcs;car elle possède une cgli,c et un hôtd de Yillc en style renaissance et qui ont grande allure. Au-dclit du village, la route reprend \'Crs b Hollande. C'est le point terminus du tramway, dont l'arsenal est:\. l'extrcmité du village. Un embranchement se dctache Ycrs la droite et conduit it la colonie. Je suis descendu à l'entrée du bourg et, après un copieux repas dans une bonne auberge, - qui sait aYant combien de temps j'en aurai un parcil à me mettre sous b dent - me voici en route pour rechercher le garde-champêtre. Je ne rcussis pas à le décou\Tir et me voilà, YCrs le soir, sonnant à !'huis du bourgmestre. Une Yicille paysanne qui vient m'ou\Tir rcpond d'un ton bourru à ma demande d'entrevue que si je

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