La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Xous consultons en Yain les poteaux de la route, Car parmi le fatras des dogmes entassés, L'un sur l'autre bâtis, l'un par l'autre effacés, Deux mots surnagent seuls : Incertitude et Doute . . .. Ce sont de lourds fardeaux, nos deuils intérieurs 1 ;\fais un jour l'oubli "ient soulager l'âme humaine; Rêves, illusions, espérance sereine, . 'attendent qu'un rayon pour se montrer, rieurs. Dès le premin appel poussé par les chimères, lis n '.1rerçoi,·cnt plus dans leur soif de bonheurs Le sillage éperdu que tracent les douleurs Et ,·ont courir encor leurs courses éphémères. lis vont - jusqu'au moment où, lassés de mourir Et de Yoir au lointain le passé disparaitre, Aucun ne se sent plus la force de renaître; L'âme semble a,·ec eux \'Ouloir s'anéantir. - Puis, nous sui\'rons la pente où chaque chose tombe. l\'ous aurons tant souffert et tant cnseYeli ! ]'fous aussi, nous serons alors mûrs pour l'oubli; Morts, nous emporterons nos chers morts dans la tombe. Oubli mystérieux! en toi tout "a finir! Toutes les ombres vont s'enfoncer en ton ombre, Puis tu les fais dormir dans une nuit si sombre Que ne peut y glisser l'éclair d'un souvenir. Si rien ne survit plus des fuyantes années, Tu nous laisses au moins cet espoir - alarmant! De voir, sur nos bonheurs, languir confusément Nos souffrances, au cœur les mieux enracinées. - Mais pour les deuils sanglants que tu sais enterrer, Pour ta cendre coulant, hélas! sur chaque flamme; Pour tous les morts du cœur, pour tous les morts de l'âme, Oubli! tu devrais bien permettre de pleurer. LOUIS SAUTY.

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