60 LA REVUE SOCIALISTE déchirait de ses griffes, mordait sa chair d'insupportables brûlures, tordait ses nerfs et broyait ses os. Hé bien! ce n'était pas encore assez! La louche fatalité, !'acharné destin n'avait pas son compte ! La mesure n'était pas suffisamment pleine. li restait de la place pour cette derniére goLme apres laquelle tout ne pourra plus que déborder. Les malheureux ne le sont pas à demi. Cc fut la souffrance morale qui porta le coup de massue. Les mauvaises nouYellcs ne connaissent pas les obstacles si souvent dressés sur le chemin de venue des joies. Les mauYaises nouvelles ont tous les éléments à leur service, toutes les forces de la nature à leur disposition. Les songes les remuent en leur onde trouble et comme glacée d'effroi. Les ouragans hurleurs, les tcmpêtcs lugubres en leurs lamentations éperdues, les plaintes du vide nocturne effaré, de l'espace aux prises avec la rage, b tourbillonnante malédiction des \·ents, les apportent, facteurs empressés à l'infernale besogne. Des gens, incapables d'un pas pour Yous venir en aide, feront plusieurs lieues afin de vous les apprendre. La première \'Oisinc qui se trouYcra à portée de vous enfoncer maladroitement le fer aigu dans le cœur, \'0US assassinera, lancéc par une irrésistible excitation de ses nerfs. Le \'Cnin veut se répandre, toutes les inconsciences le sen·iront en cela. C'est ainsi qu'on fut informé de la mort du pére. « Von·e homme ne rc\'iendra plus ... Ils ont tous péri ... Ceux de la barque de Chaplon les ont vu sombrer sans pouYoir leur porter secours, tant la mer était n1au\·aisc... Qu'est-ce que vous aller de\'enir, :l\'ec \'OStrois petits ? » Il n'y eut pas de réponse. - Hé ! la mère! ... Qu'a\'ez-vous !... Dites! nous sommes là! ... Est-cc que \'Ous ne nous entendez pas? ... Est-cc que vous ne nous \·oyez pas? - C'est le coup. Faut lui jeter de l'eau à la face. - Elle rouvre les yeux. Elle OU\Tit les yeux, la pau\Te suppliciée, mais cc fut tout. Elle ne dc\'ait plus sortir de son mutisme. Plus un geste ne dcYait lui permettre de crisper, de contorsionner et d'extravaguer sa douleur. Une attaque avait eu raison du rhumatisme lui-même. La paralysie a\·ait tué la souffrance morale, parce que, probablement, la souffrance morale, l'indicible chagrin, l'infini de l'angoisse touchaient à la derniére possibilité de tension des forces humaines. Persiste, traine encore, cada\TC arrivé brisé au fond de l'abîme! Tu ne périras pas, puisqu'il reste en toi un recoin capable de souffrir, oü loger le hideux chagrin. On te laisse un souille pour respirer le malheur! un souille que la paralysie ne te donnera pas le faible et dernier soulagement d'exhaler en soupir, de ràlcr en sanglot! Con-
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