LES DÉSHÉRITÉS 59 Elle frottait durement sur k parapet Je bois, cette corde ; on l.1 tirait d'en bas, <lu pont <lu bateau. - Les Yoilà ! les Yoil.t! ,. oilà le bout du beaupré! Tous cwx Ju halage s'ét,1ient groupés dans le dos de l.1marmaille. Des adieux, des souhaits, des appels derniers se croisaient : « Jusqu'à bon retour!. .. Bonne chance!. .. Bon Yent !... Bonne pêche! ... Bonne santé, père !... » Bo11s et bo1111es re\·enaient à chaque mot, causés par un youloir de fayorabk augure, un besoin d'encouragement autant pour soi-même que pour ks partants auxquels on les adressait. La barque était hors du chenal, en 111J. Ses Yoiles se gonflaient, prenaient la brise en un souple arrondissement. - Jusqu'à bon retour! Jusqu'a bon retour! Elle s'abaissait dans un creux des \,igues; remontait, soule,·ée par un bombement de l:t mouYante nappe liquide, pour s'enfoncer, s'élcYer de nouveau. - Bonne pèche! Elle s'éloignait, diminuait, fuyant Yers l'horizon, derriere la ligne duquel elle finit par disparaitre, s'éyanouir. Alors, la petiote et ses deux petits s'en étaÎl::nt retournés, a,,1icnt regagnés Veules, trainant les pieds dans la poussicre de la route que la fatigue faisait paraitre interminable, semblant ne plus finir. Une naie route de misérables pour eux, car les choses nl! sont que par rapport à nous, font cadre, un cadre harmonié, à l'état psychologique sous l'empire duquel nous les traversons; les choses participent, à nos yeux, de nos tristesses ou de nos joies, de tout cc qui remue, secoue, exalte ou déprime, écrase notre être intime, et extc'.:riorisent tout cela, le dressent en milieu adéquat, en paysage sympathiquement même. Cette route impitoyable, s'allongeant, s'allongeant deYant la fatigue, dure aux pieds trainés, d'une indifférence féroce en face de l'éreintement geignard, pkuran!, prêt au sanglot, de pannes gosses sur les dents, était bien la route logique devant mener au foyer de misèr:::, a la triste chaumiérc d'où le pi:rc venait de sortir en marche Yers. la mort, et où la mort, pour la mi:re, couvait lamentable, se préparait il son œune méchante, tissait, dans l'ombre froide d'un coin de grabat, les Yêtements de deuil de trois orphelins. La bronchite chronique suffoquait lit, asphyxiait la p;tu\Te femme percluse aussi de rhumatismes exaspérés par l'approximité de l.t nappe liquide de la cressonnière et la fraicheur chargée d'humidité, Llui planait à sa surface, en\·cloppait ses bords ,·ers la tombée du jour. Elle n'avait garde de la vie que la souffrance, depuis des ann.'.:es qu'clk était la proie, gémissante et palpitante <l'agonie torturée, Ju m.tl qui la
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