La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE - C'{tair d'être marin qui les tenait déjà! Il parait que ça les grise, les hommes! lis ne peuwnt pas y résister! C'est hérité des pércs. De la chair à poissons, monsieur! rien que de la chair à poissons! Une naie malédiction pour les \'eu\·cs ... et les sœurs ! Le besoin étranglant de la plainte avait raison de son ordinaire vaillance. C'est qu'aussi elle ne se lan;entait pas seulement sur le passé, sur hier; mais sur demain, sur cc qui l'attendait lorsque les deux petits êtres, laissés à sa charge par le fn'.:rc, seraient en àge de suiYrc père et grand-pcrc, pris par la nostalgie du large. La mer était pleine, l'instant Yenu de sortir du port. La barque, maintenant, avait son pont plus haut que les dalles du bord du quai. Elle se balançait doucement, a\'CCde légers craq ucmcnts. Le capitaine commanda : - Envoie la corde. Un marin lança de la proue la grosse corde de halage. Cc fut à qui se jetterait dessus et en saisirait une partie pour s'atteler et gagner de cette façon les quelq ucs sous de la sorti..:. Les gamins eussent bien \"Ouluêtre de la partie; mais il n'y avait pas place pour eux. Ils deYaient se contenter d'accompagner l'équipe improvis"éc, éloignés par les cris et les menaces du gardien des jetées, qui les accusait de gêner la manœuvre. La petiote et ses frères suivaient, mêlés a la bruyante bande de la gmi11ede matelots. La barque aYançait d'un glissement lent, solide, bien assuré. Comme clic s'engageait dans le chenal, le tourbillon des galopins et galopines prit son élan par le brise-lame, dans le but d'attcimlre le bout de la jetée et d'y occuper les bonnes places a\'ant l'arriYéc des traineurs de la corde. Ils montèrent sur les bancs, s'assirent sur le parapet, aux premieresloges. " Je fis bien faire de la place à mes deux frères. Moi je voyais de derriere, entre leurs épaules ", se souvenait, comme si clic y était encore, la petiote. Les gens de la corde se rapprochaient, tirant de toutes leur forces. Un peu plus loin, les deux nüts du bateau, dont on développait les grandes voiles, venaient, remorqués par cette longue grappe humaine inclinée dans un commun effort de tr~ction. On n'apercevait que ces m:tts, le bateau étant masqué par la ligne de faite de la jetée. Ils se balançaient à la lame. Ils saluaient en avant, en arrière, se penchaient de droite et de gauche. - Le voila! le voilà! On entendit : Quittez la corde !

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