LES PROPAGATE"CRS DE L'INTERKATIONALE E1' FRANCE 6.19 cc portrait con\·cntionncl du buveur de sang. lllais Aubry s'en 1:loignait bien plus encore. Il 1:tait impossible de trou\'er un homme d'un tcmpframcnt plus calme, d'un caractcrc plus modlré. Il était affable et courtois a\·cc tout k monde, absolument incapable d'exagération ou d'emportement. Il parlait a\'ec douceur, toujours réfléchi, toujours nH:sur0. Il était conYcnablcmcnt instruit, mais son esprit knt à comprendre et à décider ne se laissait point aller :\ l'enthousiasme et s'dfrayait des contrastes trop acccntut:s. Dans une théorie ou dans une idée, Aubry cherchait tout de suite le côté pratique et, s'il ne le trou\'ait pas, il se tenait sur la n'.:scn·c. Doué d'un grand esprit de suite et d'une rare, pcrsé\'.'.:rance, obser\'ateur mt:ticulcux et propagateur consckncieux de l'idée qui lui par.1issait l.i plus juste, .\ubry sa\·ait trop apprt:ckr les hommes de cc temps et la soci.'.:tt: actuelk pour aYoir beaucoup d'illusions sur l'a\'enir imm.'.:diat du socialisme. Il ne croyait guère à une prochaine n'.:rnlution assez complète, assez triomphante, pour changer toute l'assiette des faits 1:conomiqucs. lllais, comme :'llalon, il pensait que si le char embourb0 n'était p.1s susceptible de faire beaucoup de chemin, il n'en fallait pas moins pousser à Li roue. Et il se d.'.:\·ouait corps et àme a\'cc une énergie froide et calculée à l'organisation des forces du prolétariat. Quand cet homme, dont le bon sens ne se payait jamais de mots, Yit appar,1itrl' ks théories ardentes qui diYisèrent l'Internationale, il s'élcYa courageusement contre ces tendances funestes, r,1ppcL111t:\ tous qu'en dehors des principes g.'.:11.'.:r,1uoxn n'aYait rien .i décider a\·ant que k prolltariat lui-même, plus conscient et plus expérimcnt.'.:, pùt indiquer, sans théoriciens et sans doctrinaires, la voie qu'il Youlait suinc. En attendant, on n'aYait qu'une chose à faire : h,\ter par la propagande, par l'org,misation et la ft:dération des Sociét<'.·s ounicrL"s, l'heure où le monde du ~rayail pourrait enfin prendre la parole efficacement. Père de famille estim.'.:, profondemcnt honnête, penseur judicieux, Aubry rt:pugnait :i ces procédés li.îtifs, grùcc auxquels certains réYolmionnaircs cspt:rcnt entrainer les masses indeciscs dans des tempêtes prématurccs. Les tiraillements incessants, les riYalites féroces, les haines acharnées n'ctaicnt point du tout son fait. Pour qu'il eùt pu donner tout entierc l.i mesure de sa Yalcur, il aurait fallu un milieu moins troublé et des circonstances plus fa\·orables. \'arlin aussi était un démenti YÎYant aux idées reçues chez les conserYateurs et accréditées par eux sur le compte des révolutionnaires. Du même :ige que Malon à peu prcs, il aYait moins ~tudi.'.: que Malon et Aubry, il n'avait point l'exceptionnelle actiYité ccrébrale du premier, ni la puissance d'obserYation et le sens pratique du second.
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