La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Mais, comme eux, c'était un homme simple, doux, déYoué, aux allures pacifiques, froid, réflcchi, perséYcrant. Dépourrn d'ambition aussi bien que de visée; d'ordre général, limitant naturellement son rôle et son action,il n'était guère,aYant 1869,qu'un partisan de la coopcration et des Sociétés ounicres de résistance ou de prévoyance. L'aménité de son caractère jointe à ses capacités et à son actiYité le faisaient estimer des ouvriers et 1~ mettaient toujours au premier rang, quand il s'agissait de défendre leurs intérêts. i\lalon, qui le connaissait depuis 1866, où ils a\·aient tous deux été délégués au premier congres de l'Association Internationale avec Camélinat, Tolain, Fribourg et autres, l'estimait et ,1ppréciait sa valeur, mais le trou\·ait dans les premiers temps assez tiède et peu enclin aux formidables œunes ré\·olutionnaires qui s'annonçaient. Toutefois les conYictions profondes de Malon deYaicnt finir par se rencontrer a\·cc la loyauté de \'arlin. Dt:s qu'il eut compris le socialisme, ,·arlin entra dans la lutte sans élan, sans emphase, fort tranquille d'esprit, mais de tout cœur et aYcc un fond de résolution qui le rendit d'autant plus énergique et inaccessible au décourag~ment. Les é\·énements qui se pn:cipitl'rcnt lui firent illusion, comm<.:à bien d'autres, non pour lui, qui ne faisait pas de n:Yes personnels, mais pour l'a\·çnir de la R<:\·olution. Cependant il ne faiblit jamais, car il s'<'.:taitdonné tout entier; il eut le suprt'.:me bonheur de ne pas surYine à la défait<.:.Sa mort fut comme sa Yie: celle d'un héros qui s'ignon:. ,\ Lyon et à :\farscille, les initiateurs, beaucoup plus jeunes, étaient aussi plus anknts, plus impressionnables, plus enthousiastes et nulkment n;signés aux d<:faites sans appel et aux sacrifices épouYantables qui all:iient étre l'unique r<'.:compcnsc des jeunes ré\-olutionnain:s. C'étaient des idéalistes, non des hommes pratiques. Ils i'.:taient donc infiniment plus ndnérables et deYaicnt fatalement rester plus cruellement blessés et accabl.'.:s par une souffrance sans nom, quand les inéYiublcs désillusions Yicndraient obscurcir leur horiwn et leur barrer le chemin . .\ndr.'.: Bastelica est le plus frappant exemple de l'atrocité impersonnelle de notre socicté positiYe et indiYidualiste enYers les intelligences, quelque brillantes qu'elles soient, qui ne saYent ni ne peuvent se plier aux conditions matérielles de l'existence que leur impose la pauvreté. Quand les professeurs d'économie politique ou les philosophes à gages des journaux conservateurs déclarent que, dans l'_onlre social actud, toutes les Yoies sont ouYertes à tous, que la fortune et la réputation y sont le prix du tra\·ail aussi bien que de l'activité intellectuelle, ils effacent allègrement, d'un trait de plume, les noms à peine connus d'hommes qui avaient du talent, du génie, l'amour du

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