LA• REVUE SOCIAI.ISTE l'imc seule \'i\'ait en lui et s'agitait au point de ne laisser apparaitre qu'au second plan tous les désirs qui bouillonnent dans le sang des autres et font déYicr les plus précieuses facultés. Il :ivait déji eu assez le temps de réfléchir et d'obscn·cr, pour aYoir pris son parti en pleine connaissance de c:iuse. Il n'anit qu'une ambition morale, mais point d'ambition matericlle. Il a\'ait coutume de dire: « ~ous ne sommes pas de la génération qui réussira, nous serons sacrifiés, comme le sont rous les précurseurs. ~otrc mission est ingrate et ne nollS Yaudra que des déboires; car nous ne serons compris de notre yÏ\·ant que par une minorité et il ne faut pas s'attendre i cc qu'on nous rende justice. » DC::csc temps-!:\, Malon n'était certes pas un ignorant; mais-, comme il n'a\'ait su écrire qu':\ Yingt ans et aYait toujours dù tra\·aillcr pour gagner sa Yie, c'est au. prix d'un traYail incroyable et a,·ec une peine infinie qu'il a\'ait réussi à s'instruire, it lire un peu de tout à tort et it tra\'ers. Il connaissait déji assez bien l'histoire de France; il a\'ait lu tous les autems socialistes, quelques philosophes et les poétes les plus connus. Il aYait même fait de mauYais ,·ers, dont il n'était pas content lui-même. Comme il sentait en lui une force et était doué d'un jugement solide, il se truu\·ait ignorant et ne cessait de déplorer cette ignorance, cc qui explique les efforts prodigieux qu'il fit dans la suite 1,our acquérir des connaissances, qui lui ont permis d'écrire des li\'J'cs remarquables. • Cette défiance que ,\talon aYait de ses propres forces et le besoin qu'il éprouYait de puiser partout des éléments d'instruction cngendrérent des qualités pn'.:cicuscs, une attitude modeste, une prudence lubile, et c'est cc qui lui permit de fréquenter en même temps des milieux assez disparates, oü il était généralement bien accueilli. Sa conduite pri\'cC était impeccable. C'ctait un Yertueux sans prétention ,i l'austérité et sans fanatisme. Son énergie ne se démentait pas, parce qu'il ne se faisait gucrc d'illusions. Si son courage dans les moments les plus critiques n'a\'ait pas d'éclats che\'alcresques, il était soutenu par un sentiment du dernir tn'.!s impérieux, qui s'imposait à toutes les faiblesses de l'être physique. Les esprits absolus d1:plaisaient à t-lalon, même quand ils étaient aussi bien intentionnés que possible. Il ne s'engouait ni des hommes ni des idces: il a\'ait dans l'esprit un équilibre naturel qui l'empêchait de trop pencher d'un seul côté et le maintenait dans ses spéculations, comme dans la pratique, sur le terrain du relatif. C'était un jeune sage. Emile Aubry était le plus figé. Il aYait de trente-deux à trentecinq ans. li est assez gcnéralcmcnt admis dans les milieux conservateurs que les ré\'olutionnaires sont des hommes Yiolcnts, excentriques, haineux, enYicux, incapables de raisonner froidement. Nous Yenons de voir combien Malon était loin de ressembler à
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