La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LES PROPAGATEURS DE L'INTERNATI1JNALE EN FRANCE 6.17 La tiiche qu'ils avaient assumée était trop lourde, beaucoup trop lourde. Des cvénements désastreux allaient anéantir pour un long temps le fruit de tous leurs efforts et les semer comme des ép:lYes dispersées par la mer furibonde aux quatre Ycnts de la détresse. C'est Li que les attendaient. sinistres comme les Yampires nocturnes des légendes roumaines, l'isolement, la misère, l'impuissance, la calomnie qui consume, le dégoùt qui torture et dégrade la pensée. Pourtant, qu'il nous soit permis de faire ohscrn~r une chose. Depuis leur union, de r868 à 18ï r, les cinq hommes dont il est question, n;duits à quatre, puisque \'arlin a cté fusillé en mai 18ïr, n'ont jamais prononcé l'un contre l'autre une seule parole empreinte de haine ou de mépris .. \u début de leur action, c'est surtout l'esttmc et la sympathie mutuelles qui les unissaient qui furent leur bouclier, lon~temps impénétrable, contre. ks assauts répétés des influences intércss~es à les di,·iser. De sensibles diflfrences de tempérament et de caractère ne purent pn:,·aloir contre cette union que cimentait une foi commune. La faible fbmmc se courbait sous les souITTe, morbides qui apportaient des catastrophes, mais elle brûlait toujours. Remontons par les p.:nibles sentiers du souYcnir .i tra,·ers les obscures et discordantes m0lées politiques de cc dernier quart de sièck, jusqu'au temps déjà oublié où les jeunes socialbtes du prolétariat français s\-xp0s.1icnt aux coups des terribles haines qui les ont bris.'.s, cux.fr,1giks ,1pôtrcs de l'it!cc, mais qui n'ont pu arrètcr une second.; la mardll' cn,ahiss.1n'l' du soci,1lisme. Et comme d'autrl'S, plus soigm:u\ dl·s mémoires cht'.:rcs ù leurs corcligion11;1ires, font reYiHe de, figures intér<.:ssantcs :\ di1·crs titres, 3ccor,lons un instant d'attention aux pau1Tes soldats si mal armés et si mal approYisionnés des rewndications popuLiircs et t,îchons de distinguer kurs \'eritables tr,tits, sous le brouillar,I qui s'est épaissi derrit'.:re eux et sous la boue qui les a maculés. Benoit illalon est le seul qui ait fourni une brillante carriere. Certes! les é,·.:n<.:ments l'ont mieux serYi et il a trou1•~ antour lk lui ,ks amitiés précieuses qui l'ont soutenu et cncour,1gé . .\Liis il faut dire aussi qu'il était le mieux préparé à supporter les Yicissitu,ks d'une existensc aussi douloureuse et à Yine haletant, mais respirant toujours, malgré les pbics sans cesse élargies dans l'.îme ,ks jeunes n:rnlutionnaires par les mille bras Ic,·és de toutes les réactions co.1lisées. Malon, alors :lg.: de vingt-six ou Yingt-sept ans, a1·ait appris de bonne heure ;i gagner sa vie péniblement, à se contenter du gain le plus modeste, à se priver même du nécessaire. Il n'ayait point cc tempérament fougueux qui ne saurait se soumettre à la peine trop prolongée et qtii ne peut contenir des ardeurs impatientes. Au conmirc, il était calme, plein de sang-froid et perdait difficilement ces avantages. Il n'avait pour ainsi dire pas de besoins physiques;

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