La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE reYcnant de Gené\·c, Malon s'arr0ta quelques jours à Lyon et, comme on peut le croire, n'y perdit point son temps. Il fut conn:nu qu'il s'occuperait sérieusement de reconstituer l'lntcrnatio1uk ù Paris et qu'on formerait un grand parti socialiste français, dont les sections <leParis, de Lyon, de lllarscille et de Rouen seraient les centres d',1ction et les points <le repcrc. Le lcYicr était trouvé, il n'y aYait plus qu'à le faire mouvoir. Dans le cours de l'année suivante, l'lnt1.:n1.1tio1uk devint une puissance. Les petites sections d'autrefois se transform.::rent en vastes fédérations ouni«::res, dont faisaient partie à Lyon plus de vingt Sociétés ounières, sans compter les groupes non corpor.ttifs .. \ lllarseille les Sociétés adhérentes ctaient encore plus nombreuses. Le mouvement gagnait de Lyon, de lllarseillc et <leRouen les villes voisines .. \ Paris, l'Internationale prenait la direction de toute L1git.ttion ounicre. P,1rtout, les sections se multipliaient et la propag,mde ét.tit activement mence. Jusque-1.\, le moun:ment consen·ait son caracti:re autonome t:t spontam'.:, aycc un esprit de large tolérance. L'opposition des théories qui plus tard vinrent se disputer la prcpondér,1ncc et chercho'.:rent à s'emparer ,ks forces populaires se manifestait dt'.:j,\,mais sans ébranler k faisceau que formaient ks pionniers du socialisme fr,mçais. lis savaient écarter aussi à cette époque une autre cause de division, qui plus tard lcnr fut bien funeste. On sait qu'une grande partie du parti républicain était tr.:s mal disposée pour les socialistes. A Paris, toutefois, des radicaux énergiques q sincères ne combattirent point l'lntcrnatiol'lak et firent cause commtrnc aYcc clic contrç l'Empire et les futurs hommes d'État de l'opportunisme. A ;\larseillc et ,\ Roll(:n, l'Internationale fut au moins suspectée et mise à l'index par les républicains d'alors . .\ Lyon, cc fut pis, les républicains, mt'.:me apri:s l'élection de Raspail, ..:n 1869, attaqucrcnt l'lnternationak et le socialisme a\·ec la du,lÎère ,·iolence. Pour que les initiateurs de la noll\·elle action n;\·olutionnaire, dont k car.ictère était encore peu compris, pussent continuer d'éYiter les dangers que cet état de choses allait accumuler autour d'eux, il leur eût fallu une grande expérience et un tact supérieur. Il leur eût fallu cette m:ttctt'.: de conception des plans et des idées, cette vision claire des choses, cette élévation des principes fondamentaux au-dessus des nécessités et des accidents de la lutte, qui sont le propre des esprits rompus à t0utcs les épreuves et des caractères complo'.:tement formes. Où ces prolétaires, ces fils de pauvres, tout jeunes, empêtrés dans les soucis journaliers de la Yie matérielle, instruits par eux-mêmes en dehors <le tonte méthode, à force de lire et de réfléchir, auraient-ils pris toutes les ,•ertus et toutes les qualités qui leur manquaient encore?

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