CHROXIQUE THEATRALE idées abstraites ne sont guérc susceptibles d'ètrc exprimées au th.'.:,itrc sous une forme matérielle qui saisisse les spectateurs. Les auteurs ont donc dù chercher une explication plus accessible et imaginer des détails qui rendent compte de la conduite des diYers personnages. \"oici leur fable; j'ignore et eux-mêmes ignorent aussi, je pense, si clic est conforme .i la Yt:rité; clic a par malheur le défaut de n'ètrc pas clairement exposée. Roland a compris que, pour le triomphe de la Gironde, il est nécessaire de lui trouYcr un allié, un allié éloquent, puissant, popul.iirc et il a songé :i Danron, qui pourr.1 scn·ir de lien cntrc les Girondins et les :\lont,1gn.1rds. Il Y,1le troll\·cr, en ctli.:t, lui propose et lui fait signer une sorte de pacte que Buzot, l'amant platonique de :\lanon Roland cr l'un des chefs du parti Girondin, doit ratifier. Or il a paru contre J\lmc Roland un libdle calomni.neur où dk est injuriée, accuséc d'adultcrc, et il semble que cc libelle air .'.:té inspiré par Danton. Li noble femme a pc1ru .i la Co11\"cntion, s'est disculpée, a été applaudie, mais, dans son triomphe, elle a repoussé dedaigneuscmcnt la main que lui tèndait D.111to11en signe tk réconciliation. Cc refus la perdra, elk et son parti. Elle le sait; mais clic Yeut mourir; sans Buzot qu'elle adore, mais à qui sa YCrtu l'cmpi:chc d'appartenir, la Yic lui est insupportable. Elle interdit <léfinitiYcmcnt :i Buzot de signer le traité et consomme ainsi la rupture de la Gironde a,-cc Danton. Elle mourra donc et aYCCclic tous les siens. Puisque Bergcrat et Sainte-Croix étaient libres d'in,·cnter cette fable ou telle autre, je ne crois pas qu'ils aient heureusement choisi ; clic dimin,,uc, en effet, et i\lanon et Buzot et Danton, et, de plus, clic nous laisse dans l'incertitude. On nous dit que D.rnton - qui ne parait pas dans k drame, mais de qui il est tracé un nugnifiquc portrait - est gènèrcux et bon. D'où Yient donc sa haine contre ;\1m< Roland? Et pourquoi sacrifie-t-il un grand intèri:t politique à cette haine? D'autre part, ;\jme Roland subordonne également la cause des Girondins à son ressentiment, à je ne sais quel accès de dépit, :i son appétit de mourir pour le d.:sespoir d'une ègoïstc affaire de cœur. Et Buzot agit de 111.:mc,pour une histoire de femme! ,·miment, ces gens1:i n'étaient pas des politiques dignes de diriger les destinées d'une grande nation .. \pn:s tout, c'est pcut-ètre l.i cc que les aut.::urs ont Youlu dire; peut-être ont-ils, sans defaillancc, dépeint leurs personnacrcs tels qu'ils les ont n1s dans l'histoire, c\~st-:\-dirc nobles, pleins d'a:pirations èlcYécs et de constance deYant la mort, mais pourtanl mesquins, et faibles et rancuniers dans certaines circonstances. Et peutêtre ont-ils yu juste, plus pr.::Occupés de crèer ,ks hommes naiscmblabks que des heros de théàtrc. La rouge auréole de l'échafaud a trop embelli à nos yeux ces figures souvent sublimes et parfois petites . .JO
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