LA RE\'UE SOCIALISTE Je ne prétends pas raconter en d.'.:rail ce drame, qui est viYant, pittoresque et curieux. Je me borne à en indiquer le côté principal, qui se trouYc être une sorte d'actualite. Les auteurs ont eu surtout pour bm de nous narrer ou plutôt de nous montrer la furieuse insurrection de Pougatchcf, une insurrection de la faim. Pougatchcf, sorte d'apôtre inspiré, de Christ cosaque, ou, si Yous \"Otdez, de nihiliste, s'est fait passer pour cc Pierre 111,dont la mort n'est pas bien certaine aux yeux du peuple. Sa réYolte a réussi d'abord : il a affranchi les p,1ysa11s,il a battu les troupes impériales. ~lais les cscla,·es supportent 111;1l1'ivresse soudaine de la liberté; en un jour le serf ne de,·icnt pas homme et creature de dcYoir. Les paysans, lkhés dans les jouissances, dcYicnnent mous et pusillanimes; Pougatchcf est trahi et livré. On le. condamne;' on va l'exécuter; mais il persiste dans son imposture : il se dit toujours Pierre Ill. Catherine Yeut le confondre, clic veut qu'il disparaisse sans laisser subsister de doute dans l'esprit de la foule. Elle Yicnt donc dlemème le trou,·cr dans sa prison. Ah! la belle conception ! D'un côté, l'autocratie, le droit des rois ; de l'autre, l'indépendance et k droit des peuples. \'ous dcYinez les propos que les deux interlocuteurs peuvent cchanger. Ilélas, je dis bien, il faut les dc,·incr, car les auteurs ne nous les ont pas rapportés aYec suffisamment <l'ampleur, et dans cette discussion, car c'en est une, la n'.:rnltc est trop facilement battue par le despotisme. L'imp<'.:ratrice fait un Yain serment de de,·enir plus douce et plus juste, moyennant quoi Pougatchcf consent à confesser publiquement qu'il n'est pas Pierre 'Ill. ~!ais Pougatchef parait petit de,·ant Catherine : les auteurs se sont rangés du côte de la ,·ictoirc. Pourtant le ré,·olté a,·ait de grandes choses et .'.:loqucntes à dire sur cet a,·enir dressé tout à coup de\'ant le passé. La M1111oRno/1111d, 'Émile l3crgcrat et Camille de Sainte-Croix, est plutot un drame intime, ingénieusement mèlc à l'histoire, qu'un drame historique. Le ,trame intime, c'est la chaste passion de ,\{me Roland pour le Girondin Buzot, qu't.:lle chérit tout en restant fidt:le :\ son mari. L'histoire, c'est la lutte de deux partis politiques, de la ,\lontagne contre b Gironde, et finalement la proscription de celle-ci. On connait mal, même aujourd'hui, les causes de la rupture si \'iolcntc sun·enue entre deux partis qui en somme poursui\'aient le même but, c'est-:i-dire l'ctablissement des institutions nouvelles et le triomphe de la Rérnlution. Sans doute, à Yoir les choses de haut, on discerne, comme cause principale l'opposition irréductible entre deux conceptions contraires: d'une part, le fédcralisme que rêYaient les Girondins et qui, expérimenté dans des temps calmes en dehors de la guerre étrangére, aurait eu l'a\'antage de laisser à chaque province de France plus de personnalité et d'originalité; d'autre part, la centralisation, cxccssi\'C et étouffante, mais qui, par la con,·crgencc des efforts, r.'.:ussità sau,·cr le pays. Or ces
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