54 LA REVUE SOCIALISTE Elle aYait eu un instinctif mouYcmcnt de retraite, une secousse de recul effarouché. Mais la bravoure l'avait emporté : - Oh ! je savo11bsi11. L'intonation réYélait par son forcé un peu rauque qu'elle n'était pas aussi rassurée qu'elle eût désirée le faire croire. Une demande de ma part la familiarisa : Vous ne Yendricz pas du lait? - Que si. - Pourriez-Yous m'en apporter une tasse, aYec un croûton de pain, pour mon déjeuner? - Ça se pourrait tout de même. - Voilà qui est répondu en fille de Normandie. Elle hésitait : - Pour combien que vous en souhaiteriez? - Cinq sous? ... Est-cc assez? - Que oui. Elle se grattait la tempe : - Mais ce n'est pas encore l'heure de la rousse. - De quelle rousse? - Hé! notre yachc, donc! Cc n'est pas encore son heure de la traire. - Soit! Je ne suis p.!s pressé. J'ai i travailler avant. Le soleil est comme la rousse, il a aussi son heure. Elle fit un petit salut : - Dans cc cas, i votre d6sir. J'aYais fourni un aliment i l'activité de la ménagére; avec la perspectiYe de quelques sous de bonne prise i empocher, toute crainte s'était l'.:Yanouie. La petiote avait sa raison d'être aux alentours du monsieur de Paris, devenu une pratique i serYir. Je la fus prcs d'un mois, cette pratique. Et voilà comment et pourquoi nous nous trouvâmes amis. Elle causait facilement, m'intéressait. C'est de cette façon que j'ai appris Je sa bouche son histoire, que je l'ai retenue dans une case de ma cerYelle, et c'est parce que, en ayant été intéressé, je la crois intéressante.:,que, si vous le voulez, je vais vous la rapporter. Imaginez-vous qu'elle vous vient dans une bouffée de brise du large, qui, après s'être élancée d'un bond Yers la falaise, s'est roulée au ras de son tapis gazonneux court et dru et des fougcres; puis, aprcs avoir courbé les herbes folles, a repris sa course par les moissons et les fourrages, les vergers et les rubans de peupliers bavards : brise marine et campagnarde, sainement salée et comme gonflée encore, saturée d'émanations agrestes. La côte, tel est le cadre nécessaire de ce récit ; la vie de la côte,
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