La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LES DÉSH ER!TÉS 53 Tn:s brune - elle aYait eu pour pc:rc un marin ,·cnu <l.:G,1scog11e, - maigrelette et chéti,·e, comme arn:tée dans sa croissance par un fardeau trop pesant à porter, elle cùt tenu du diablotin, du fadct ou de la précoce et fatale sorcic:re sous l'cmbroussaillcment de sa crini.:Crc de jais ncrœuse, Yolontairc, surplombant le front perdu dans son ombre en un assaut <l'émeute, elle eùt tenu <le tout cela sans la candeur, la juYénile insouciance, la soumission attendrissante, la naï,·cté et la douceur infinies <ledeux y.:ux qu'aucun salisscmcnt ou simple éraillement <le la Yic, <le la fatalement rude, cndolorissante ré,ilité, n'a,·aient troublés, ni ternis et fatigués de louches enrcgi,trcmcnts Yisuels. - C'est d'avoir porté trop jeune ,es p~tits fr.:rcs, qui l'a rendue gringalctte comme ça, disait encore: la fcrmi.:rc. Elle ajoutait, a,·ec un soulc:,·emcnt d'épaules de commisération : - A présent, cc sont les petits d'un de ses fr.:Cresqu'elle a sur les bras! Parait que c'est sa destinée de Yinc pour les autres! );'ous aYions été Yite amis, la petiote et moi. ,\l,1 peintun: l'intriguait. Quel drôle de métier de portraiturer ainsi les arbres et les plantes, et la terre, et l'eau ... et jusqu'aux nuages! ... Enfin! puisque les Parisiens a\·aient ce goùt-1:i, :i leur aise, n'l:st-cc pas? li en faut pour tous les désirs ! Et quand je lui opposai les tableaux religieux de l'église Je \'cules : - Ça, c'est des saints et <les saintes! C'est le bon Dieu ou la bonne \'i<:rgc, ou la passion de Notre-Seigneur! On ne les verrait pas sans cela ... Tandis que le reste est toujours à Yotrc disposition. Sufüt d'ounir ses q11i11q11els. Elle aYait de ces mots d'argot de marin qui, sous la paysanne, montraient la fille et sœur de ces grands enfants de la me, que sont les pêcheurs et les matelots. D'abord, elle s'était contentée de venir a pas furtifs lorgner, par dessus mon épaule, de plusieurs 111.;tresderrière moi, muette et rctl'- nant sa respiration, ce que je pou\·ais bien ma11iga11cer assis bas sur un tout minuscule pliant, contre cc châssis dresst: obliquement. Hé donc! c'était-ilpas de vrai la cressonnière qnc je tirais, tout de m0mc que les photographes de la saison des bains, ces gens qui se tenaient droit devant leur 111acbi11e ... q11'01n1e bougeplus! Elle s'en haussait sur !t::s pointes des pieds, dans l'herbe, la main droite, puis la gauche, puis de nouveau la droite, plac~cs en abat-jour deYant les sourcils, au-dessus des yeux. Amusé de son manège, de sa rnriosité finissant par l'cmportcr sur la retenue timide, je l'aYais interpellée en riant: - \'ous pouvez approcher: ça ne mord pas.

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