52 LA RE\TE SOCIALISTE LES DÉSHÉRITÉS PETIOTE Je taisais alors quelques études très sommaires et très libres - une simple échelle de tons caractéristiques, des notrs à l'aquarelle purement indicatives - d'un assez joli coin de la cressonnière de Veules. Il s'agissait d'un effet d'aurore; aussi ctais-jc installé devant mon chenlet des le petit jour, guettant la première lueur de par delà l'horizon, le premier reflet de demi-clartc rosant et pâlissant de vert tendre l'orient du ciel, encore alourdi de gris nocturne au-dessus de ma tête, et embrume de paresseuses vapeurs s'attardant au couchant. Le même bruit de volet matinalement rabattu contre le torchis à solives bitumées d'un mur de paune chaumicre normande, saluait de son clac égayé, chaque matin, depuis que je venais Li, ce bout du nez du jour en train de monter vers nous. C'était la petiote qui ounait. Je ne pouvais tarder à la voir à la besogne, actiYe, bonne travailleuse, gentiment courageuse, vous brassant plus d'ouvrage qu'elle 11'était grosse et graude, comme disait, par plaisanterie sympathique, la solide fcrmicre de l'exploitation rurale à herbeuse cour du pays de Caux toute plantée de pommiers, à quelques mètres seulement de distance, au retour de la limpide nappe d'eau de la cressonnit:re. Quel :\ge pouvait-elle bien avoir, cette petiote? Quoique peintre, et, par conséquent, habitué à juger des physionomies ou des allures de tout cc qui permet d'exprimer l'être humain justement parce qu'il l'exprime, j'étais incapable de m'en faire, même approximatiYement, la moindre idée. Elle avait à la fois douze ou treize, ou quatorze ans, l'âge d'une gamine marquce tot, enfantinement vieillotte, de la campagne, des miséreux pays de la cèite, et, aussi bien, la trentaine, peutêtre même m1ec w plus.
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