La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

SOCIALIS~IE IXTÉGRAL ET ~IARXIS~IE AYant tout faisons une distinction nécessaire entre J\!arx et les marxistes français. On pri:tc :'t l\farx ces paroles : « S'il est un parti dont je ne suis pas, c'est le parti marxiste. » J'ignore si le mot est authentique; mais ce que j<.:sais bien, c'est qu'il faut toujours distinguer entre un maitre et ses disciples; qui \·omlrait juger le Christ d'apri:s certaines \·,1rii:ti:sde chri:tiens s'exposerait à de singulii:r<.:s bénies. ;\brx fut à coup sùr un pens<.:ur original, un logicien puissant, quelque chose comme un Darwin de l'i:conomie politique. li nous plait de n.:ndre hommage :\ la Yigueur et à la rigueur de ses raisonnements, de recomuitre le grand serYice qu'il a rendu au socialism<.: en le précisant, d'accepter sur bien des points ses Yues et ses démonstrations. >lous n'ayons pas l.1 petitesse de nier b \·aleur d'un homme, parce que nous ne sommes p.1s en toute chose d'accord aYcc lui; nous laissons à d'autres cc tra\"ers enfantin. :\lais qu'on Yeuille transformer l'admiration pour ;\larx en adoration, faire de lui une sort<.: de pape infaillible du socialisme t:t de sa doctrine un bloc intangible, cda nous parait un retour de fétichisme pour le moins singulier; et quand on s'irrite on s'indigm:, parce que d'autn.:s penseurs essaient de compléter sa philosophie de l'histoire, « adl'.'.quate, parait-il, :'t la rblité », nous nous permettons de rire de et.: cuit..:, décide1m:11t trop dé\·otieux. Ci.: n'est pas du reste l\larx qui est ici directlèment en cause. Il y a ceci de bizctm.: en cette affaire que le premier Yolume du Capital, son œuYrc maitresse, a été seul traduit en français; et je m'étonne que ceux qui se r<.:commamknt dt.: son nom, quand il ne leur manqui.: ni la connaissance de l'allemand ni l'argent pour payer ks frais d'i:dition, laissent attendre k même honnt.:ur au second Yolumc depuis des .rnni:es et au troisii:mc depuis des mois. Toujours est-il que, par suite, k linc, qui est la Bible des marxistes, demeure, pour la plupart des Franç,1is, plongé aux deux tiers dans une ombre mystérieuse, un..: ombre de sanctuaire. Je mets en fait que, parmi ks marxistes eux-mi:mcs, le nombre de ceux qui ont lu l\!arx tout entier est extrèmcmcnt petit, et bien heureux sont les autres, d'a\·oir ks yeux de la foi pour suppléer à la familiarité ri:clle avec le texte sacri:. Il ne s'agit donc ici que dt:: .\br~ ni à travers qudqucs-uns de ses disciples. Nous nous refusons d'aYance :\ toute discussion byzantine et quasi théologique pour sarnir si ;\larx a bièn dit cc qu'on lui fait dire, s'il a i:té trahi ou traduit exactement. Il est bien entendu qu'en p,irlant du marxisme nous le prenons tel qu'il a été présenté a la France par les di:rnués interpri:tes du maitre. Or :'t cc marxisme-Li, au nom de la science, de l'histoire, de la philosophie, nous aYons de graves reproches :\.faire! D'abord nous nous rappelons que les mots de socialisme et de

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