La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Lorsque, p,1r exemple, saisis d'une série de revendications par leurs ouvriers - les travailleursdu dessous, - les membres de la Régie d'Anzin ont, après délibération ou sans, décidé, à la majorité des Yoix, soit de faire droit à ces revendications, soit de les repousser, - le oui ou le 11011 s'impose à la minorité, qui ne se réclame pas de la liberté individuelle pour passer outre et qui, si elle s'aYisait de jouer jusque-là les Droits de l'Homme et de l'anarchie, ne tarderait pas à se voir rappeler à l'ordre - et à son de\'Oir de soumission - par les tribunaux issus, via Consulat et Empire, de la Ré\'olution française. Ce qui est bon, cc qui est nécessaire pour les employeurs, n'est ni moins bon ni moins nécessaire pour les employés. Il ne saurait y avoir deux lois, surtout dans une société qui nie les classes : une, pour la classe possédante; une autre, pour la classe dépossédée; l'une, lorsqu'il s'agit de profits à gérer et à défendre; l'autre, lorsqu'il s'agit de salaires. Le suffrage qui, substitué aux violences individuelles, a été introduit comme l'élément par excellence de l'ordre et de la paix, et dans la Société (a,·ec majuscule) que ne veut pas connaître l'anarchisme de i\l. Yves Guyot, et dans toutes les autres associations à base et à fin capitalistes qui ,-ivent sous le couvert de celle-ci, - doit étre étendu aux associations ouniéres et régler leur action collecti\'C. Il doit être notamment appliqué à l'exercice du droit de grève. A cet effet, nous proposons que lorsqu'cclate un différend entre les ouniers et OU\'rièresd'une usine, d'une concession minière, d'un chantier, et leurs employeurs, une réunion gcncralc ait lieu de ces associi'sd,· fait dans le travail et dans la miscrc - travail commun, misère commune, ne permettant qu'une commune défense; que 1-! cas leur soit soumis et qu'aprés délibération, si la grève est déclarée, votée à bulletins secrets, elle dC\'iCnnc, de par la loi des majorités, obligatoire pour t0us. Et immédiatement, parce que le travail aura été admis au bénéfice de ce droit des majorités monopolisé aujourd'hui par le capital, sans qu'il soit besoin de le rétablir à coups de gendarmes, de soldats, de juges - et quelquefois de cadancs, - voici l'ordre plus que garanti, créé a priori et définitivement. Co,waincus de leur solidarité indispensable et de l'impuissance des poings et des triques, les intéressés, quelles que puissent être leurs diYcrgenccs de \"UCs, ne penseront plus - parce qu'il n'y a pas d'autre solution - qu'à se convertir mutuellement. Ce sera la \'Olonté, régulière et pacifique, du nombn.! remplaçant l'usage ou l'abus anarchique de la force individuelle; cc sera [','/al social succédant à l'étal de 11a/ure. D'autre part, aucun motif, aucun pr.:textc à l'entr<'.!cen ligne de la force publique, respectueuse de la libre décision intcrvenne, qu'elle ne pourrait qu'être appelée à sanctionner qu'au cas - qui ne se produira pas, on peut en être certain - où les patrons, réduits à cux-mémss, s'aviseraient de faire du désordre avec cet ordre ouvrier. Plus de Ricanurie ! plus d'Aubin, plus de Fourmies! Dissipé le cauchemar du sang français versé par des mains françaises, qui pèse aujourd'hui sur notre annce - dc"cnuc enfin nationale, c'cst·à-dirc consacrée cxclusi\'cment a la défense de la nation ! La marche ou la continuation de la gré\'C, du conflit désormais pacifique, sera réglée, comme sa fin, de la même façon, par le même procédé organique :

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