La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

53o LA RE\TE SOCIALISTE comme Je dit Pottier, ,\ une production géante qu'aboutira l'ordre par lcqud il répondait à la Pbilosopbie dt la ,\fi,i:re, de Proudhon, l\larx opposait au mutucllisme ou m(:me ,\ tout comn1unisme •non autoritaire, que chacun n'y pourrait déployer toute son acti,·iti:. En effet, disait-il en substance, si l'on suppose que les tra,·aillcurs s'entendent par groupes pour échangc:r leurs produits ( c'est le trait essentiel du mutuellismc), chacun ne pourra produire qu'alllant qu'il sera assuré de rc:ceYoir un prodüit équi,·alcnt. Par conséquent, chaŒn ne pourra produire que dans l:t mesun:: où les autres Youdront ou pourront produire. Ainsi les acti,·ités les plus ardentes et ks plus crbtriccs seront ralenties et refroidies par ks autres; et. par une conséquence qui paraitra aux indi,·idualistcs de tout ordre absolument paradoxale, c'est pour assurer le plein essor de toutc:s les actiYités, comme l:t pleine satisfaction de tous ks besoins, que :-.larx concluait, contn: Proudhon, ,\ une forte centralisation communiste. ,\ \Tai dire, nous touchons ici à un des plus délicats problèmes, non scukment de l'ordre socialiste, mais de l'ordre humain. D'une façon générale, il s'agit de concilier la liberté et la solidarité. Toute acti,·ité humaine est en rapport nécessaire aYcc d'autres acti,·ités humaines; comment pourra-t-ellc s'exercer en sa plénitude sans contraindre ou contrarier les autres actiYit.'.:s,?Et il n'est pas question ici de l.1 Yiolcnce directe; mais il est des Yioknccs indirectes qu'une libcrt.'.:, mèmc d,rns son exercice le plus innocent et k plus légitime, fait ,\ une autre liberté. Dans l'ordre de b production, cc conflit semble perpétuel. Tel homme ne peut tra,·ailler que si d'autres hommes d.'.:sircnt les produits de son traYail ct se mettent en état de les acheter par d'autres produits. Comment résoudre cc conflit? F.mdra-t-il condamner l'un ;\ ne pas traYaillcr, c'est-à-dire à ne pas agir comm.: il le Yeut, ou les autres ;\ traYailler contre leur gré? C'est surtout au socialisme que la question se posera; car pr.'.:cisémcnt, parce qu'il organisera la solidarité humaine, parce qu'il substituera un ordre rcfléchi et conscient au jeu des forces inconscientes, il dt:H:t trouver et fonnukr la n:gle scion laquelle s'ordonneront les libertés. Aujourd'hui, si un homme Ycut tr:tYailler et ne troun'. pas de tra,·ail, ou si ayant créé des produits il ne trouve pas;\ les .'.:changer contre d'autres produits, ou s'il ne peut utiliser qu'une part de son actiYité, à coup sùr c\:st l'organisation sociale qui en e!>l la cause. C'est bien k n:gime capitaliste qui mfrite le reproche que nous adressent d'ignor:tnts adYersaires; il oblige les plus agiss:tnts et les plus habiles à se mettre au pas des fainéants et des maladroits. C'est p.1rc.: que dans telle région la terre mal cultiYé..: donne peu que le paysan pauvre ne peut acheter des meubles à la ville Yoisinc et que le menuisier laborieux, passionnt'.: au tranil, se morfond dcYant

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