La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

522 LA RE\"UE SOCIALISTE .:onrnitises ntlgaircs et de certains sentiments bas. :\lais celle-là mc'.:me aujourd'hui ,e corrompt et s'abaisse; car, .\ côté des grandes fortunes tr.1dition11elks et fondt'.:cs dont le luxe est comme l'éclat solide, se sont multiplit'.:es les fortunes d'irnpro\·isation, de spécL1latio11et d'aventure dont le luxe dért'.:glt'.:n'est qu'Llnc aventure de plus. Et SllrtOut, dans l\:hranlement de l'ordre capit,1liste, les grandes fortunes ont perdu cette sécurité, cette belle certitude d'aYCnir qui en faisait presque, si je puis dire, l.1 noblesse morale : clics ont perdu, avec cette fierté, le respect d'clles-mémcs, et il en est qui se gaspillent avec une sorte de fantaisie frérn:tiquc, comme si l'an mil Je la classe capitaliste approchait. Donc tout cc luxe, ou sot, ou Yi!, ou fou, sera balayé; car le luxe n'est qu'une contradiction mist'.:rablc, quand il ne se résout pas en noblesse ou en joie. :\lai;; l'ordre socialiste aura son luxe et grand et beau. On n'attend pas de moi que j'en précise les formes. L'artiste mèmc, qui a sculpté a,·ec une si prodigieuse Yaricté d'clégancc et de \·ic la porte du baptistère de Florence, ne pourrait sculpter la porte de la société notm:lle et dcYincr ou fixer les innombrables formes de puissance, de joie et de bcautt'.:, c'cst-:\-dirc de luxe, qui se développeront spontan.:- ment de l'ordre nom·cau. Tout cc qu'on en peut pressentir, c'est que l'œune d'art que volldra f.1ço1111crd'abord et surtout la société nouvelle, c'est l'humanité elle-même. Elle :ippliquera toutes les énergies enfin réconciliées et organisées à assurer à tous les hommes, par un large bicn-<:tre et une acti\·ité réglt'.:c, la santé qui, daus les races un peu nobles, est un principe de beauté. Elle fcr:1 un immense effort pour remettre les hommes en contact familier :ivcc la nature, aYcc la ,ariété des :ispccts et b bcalltt'.: des horizons. Elk \"Ot1dr:1perfectionner :\ cc point b production qu'il reste :'t tout homme assez de loisir et de force pour la science et pour l'art. L'ordre socialiste aura donc besoin d'une production plus intense que l'ordre capitaliste. Comment l'obticndra-t-il ~ D'abord par la suppression des obstacles que le régime capitaliste lui-même oppose à la production. lis sont multiples. En premier lieu, le Yice même de la répartition capitaliste paralyse singulièrement la production. Les salaric:s, qui constituent l'immense majorité des producteurs, ne rcçoi\·ent qu'une faible part du produit de leur traYail, et ils sont forclos de la propriété; ils n'ont donc ni les conditions· néccss.lircs de bicn-êtrc, c'cst-,i-dire de santé et d'acti\·ité, ni l:1sécurité d'esprit ni l'initiatiYc. Par là le rcgimc capitaliste diminue l'énergie physique, i11tcllectuclle et morale dcs producteurs; et, pendant qu'il se réclame contre nous de sa prc:tendue puissance de production, il appJuvrit b source YiYe de toute production : l'énergie humaine; il affaiblit le muscle, ic nerf, le cœur, le ccr\"\:au.

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