CHRONIQUE DES COXCERTS 491 apothéose d'opéra ou de féerie, que je comparerais \'Olontiers à certaine toile du fra Bcat0 l'Angclico : au Couro1111eu1c11t de ln Vierge, par exemple. Quant au sujet en lui-mémc, Berlioz a \'U d'abord matic:re à musique dans le Faust de Gœthc; il n'a guère songé à en faire une nouYelle et originale création. Aussi bien, le héros de Gœthc con\'rnait merveilleusement à son tempérament. Il s'est content<'., sous cc rapport, de modifier le dénouement du poc:tc en reprenant celui de la vicillc Lége11ded11 doclmr Faust, qui linc celui-ci aux flammes éternelles. ;\lais cc que Berlioz a db·cloppé magnifiquement, c'est le sentiment intense de la « nature immense, impénétrable et fière », de cette nature au milieu de laquelle il ,,;eut, absorbé, les Yingt premières années de sa vie, et pour laquelle, jusqu'à la fin, il conserYa un culte Yraiment païen. L:i est sa grande originalite, là est Li source oü il puisa les sublimes accents qui font que l'l11vowtio11 de Faust restera comme une des pages immortelles de la ~lusiquc (1). De Berlioz à \\'agner, la transition semble facile et cependant, entre ces deux génies que la postérité placera côte à côte tout près de Glück et de Bccth?Ycn, ces dieux, de notables différences peuYcnt se marquer, on le sait. Lorsque l'on considère l'œune wagnérien, on ne peut pas ne pas admirer l'unité qui a présidé à sa conception comme à sa composition. Pour ne nous occuper que de cc monument qu'est la Trtralogie de l'A1111end1e1Xibelu11g, dont, cet hiYer, on a pu entendre le prologue (l'Or d11Rbi11,dnsRbei11gold) et l'épilogue (le troisième acte du Crépuswle des Dieux, die Gœllerdae111111er1111g), nous ne saisirons le génie du compositeur allemand que dans l'une de ses manifestations, mais dans sa plus caractéristique. • La Tétralogie dont, comme de tous ses autres ou nages, \\'agner fut le poète en méme temps que le musicien, et qui l'occupa plus de vingt ans (à partir de 1851 enYiron), la Tt!lralogie lui fut inspirée par l'épopée des _\Tibelu11ge11, cette Ilinde allemande du treizième sic:cle, Pt aussi par !'Edda, épopée scandinave du dixiemc siècle cm·iron. Dégageant le sens symbolique du mythe solaire de Sigurd ou Siegfried, Wagner a caracti:risé, suiYant son système, chacun des symboles ou des personnages des Yieux poèmes, par des leit-1110/ive11 qui se déduisent les uns des autres, ou s'opposent entre eux, selon les péripéties de l'action. On les voit apparaître dans le Rbei11gold, idces génératrices de tout le drame. (1) La Da111natio" de Faust a été interprétée chez M. Lamoureux par MM. Lafarge et Bailly de façon excellente, ainsi que par M11• PJss;1ma ; chci ~1. Colonne, p.lr )1M. Cazeneuve, fort mau,·ais dans le rôle de Faust, sensiblement trop haut pour sa voix, et Augucz, qui n'èSt guère à s.1 place Jans celui de 11Jphistophêlès; et par )-lu• :Marcella Prcgi, toujours três correcte, mais trop froide, dans le rôle <le :\fargueritt:, ainsi que par Mm•Auguez de .Montal:mt.
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